gruyeresuisse

15/10/2021

L'espèce humaine et son contraire

Ant 2.jpgD'une certaine manière toute l'"aventure" apocalyptique post Shoah est contenue dans cet ensemble de textes. Leur langue "transmentale" ne s’efforce pas de rationaliser la charge irrationnelle que l'expérience des camps a entraîné pas plus qu'elle ne se contente de se limiter à un témoignage naturaliste. Ce qui, massivement s’échappe de telles énonciations passe par l'oblique de la littérature.
 
 
Ant 3.jpgL'enclos dans la pensée commande le principe de tels écrits. Ils mettent en scène d’une façon qu’on pourrait littéralement dire « analytique » l’effondrement d’une civilisation  dans ses retours des cruautés. Toute une poétique prend en charge l'horreur et le scandale nazi que rien ne saurait étouffer. Et Charlotte Delbo, Robert Antelme, Jean, Cayrol et les autres ont cherché à quel miroir se vouer pour renouer avec l’identité, la reconnaissance, la perspective, les  repères face au destin d'un tel cataclysme humain.
 
Ant.jpgToutes ces victimes revenues vivantes de l'enfer ont su recréer l’enfer béant en y faisant  entrer l’énigmatique délire qu’il recouvrait chez les exterminateurs. De tels écrits opèrent le travail d’interprétation qui assure la recomposition de la logique de l'horreur. Et si dans ces oeuvres le fond est capital, il trouve là des formes capables de produire sa butée.  La difficulté de dire l'impensable n’empêche pas le surgissement de ce qui fut. A savoir la négation de l'humain.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Collectif, "L'Espèce humaine et autres écrits des camps" Édition publiée sous la direction de Dominique Moncond'huy avec la collaboration de Michèle Rosellini et Henri Scepi, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, octobre 2021, 1696 p..
 
Photo de Robert Antelme.
 

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