gruyeresuisse

20/09/2021

Christian Gonzenbach l'alchimiste

Gonzen 3.jpgKarine Tissot dirige la première monographie consacrée au sculpteur et céramiste Christian Gonzenbach. L'artiste, entre sciences naturelles et sciences artistiques, ne cesse de travailler afin de  réunir les différentes facettes d’un monde qui se comprend trop souvent par fragments. Il est célèbre jusque dans l'oeuvre d'art en forme de palmier qui ne put être construite à  la prison Gorgier et qui devait être vue du dedans comme du dehors. "Les prisons, comme les décharges, les aéroports ou les incinérateurs font partie de ces lieux considérés comme nuisibles, voire toxiques, qu'on ne veut pas avoir dans son voisinage", explique l'artiste. Or sa sculpture aurait - à défaut  de devenir le palmier qui cache la prison - un moyen de réconcilier deux univers.
 
Gonzen.jpgAfin de définir les différences tendances de l'oeuvre, la maîtresse de cérémonie du livre a fait appel à des critique d’art (Sarah Burkhalter, Deborah Keller, Hervé Laurent, Charlotte Tron) des scientifiques (Martin Pohl), des céramistes  (Philippe Barde, Amandine Gonzenbach, Toshio Matsui),  le conservateur au musée d’ethnographie de Neuchâtel Bernard Knodel, les artistes Katharina Hohmann, Pierre-Philippe Freymond, le philosophe Stephan Freivogel, le collectionneur Pierre-Alain L’Hôte et le directeur honoraire du Musée de la chasse de Paris Claude d’Anthenaise. Cette pléiade de regards permet de comprendre une profondeur le travail de l'artiste.
 
Gonzen 2.jpgSpécialiste des détournements et autres vacations a priori farcesques l'auteur reste des plus sérieux dans ses exploitations.  Pour preuve sa sculpture créée à l'occasion du 100ème anniversaire de la marque automobile américaine Chevrolet. « Louis Chevrolet a conçu des voitures et des moteurs innovants et remporté de nombreuses courses. Soudain, l'impossible devient possible. Et avec ce projet, c'est exactement ce que j'ai réalisé » précisa l’artiste lors de l’inauguration de sa statue. La surface métallique brillante et lisse fait d'une oeuvre a priori massive un objet ailé. Détournant les procédés techniques, l'artiste se livre à des expériences parfois intempestives comme lorsqu'il fit une pièce  à partir d’un mélange de kaolin, de plâtre et de poudre de marbre. En cuisant à haute température, elle s’est transformée en chaux vive. Mais le résultat quoique se dégradant très vite révéla une beauté certaine. Les aléas permettent donc des expérimentations pour lesquels le créateur  à parfois recours à de vieux manuel de techniques où s'apprend par exemple  comment faire du carton-pâte, de  la fausse pierre… Ginzenbach y cherche des procédés et des choses assez étranges, comme  l’emploi de fécule de pomme de terre :  "Ce que j’associe à cette matière, ce sont des pièces qui commencent à moisir. Cela m’amuserait d’en faire un jour, j’aurai donc de nouveau à consulter ce livre" écrit-il.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Christian Gonzenbach, "Gonzenbook", Editions Infolio et L'Apage, Suisse. Galerie Laurence Bernard. Automne 2021, 360 p..

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