gruyeresuisse

15/09/2021

Vies et contre-vies des pierres : Naomi del Vecchio

del vecchio.jpgLes recherches plastiques de Naomi Del Vecchio se fondent souvent sur de savoureuses tentatives de classement poussée parfois jusqu’à l’absurde et la percussion du logos avec le réel. L'artiste développe le lien entre mots, dessins et objets et se penche sur les questions de la nomenclature fidèle aux normes mais ouverte aux intrus où le réel et le banal basculent. Dans cette nouvelle "compil" tout est parti d'une balade avec une amie dans les alpages du Jura : "Nous avions toutes les deux remarqué cette étrange pierre, (...)Louise ne se doutait pas, en la ramassant et en me l’offrant, qu’elle initiait un long trafic de pierres. Cet exemplaire minéral fut ensuite dessiné dans l'atelier où il passa d'abord un mois comme objet décoratif avant d'être déposé sur la plage des Eaux-Vives. A sa place elle a pris un autre caillou ramené à l’atelier, dessiné puis placé dans une calanque marseillaise. Et ainsi de suite. 
 
del ve.jpgCe fut parfois un crève-coeur que de se défaire de ces pierres. Surtout la première qui ressemblait "à une petite dame". Pour les autres néanmoins ce fut plus simple. L'artiste s'est donc contenté de les dessiner, découper, épingler sur le mur avec la carte de leur itinéraire. La carte de leurs itinéraires est tracée sur le sol. Le tout selon une dérive que Naomi Del Vecchio "fantasme" : "Les pierres des montagnes se retrouvent dans des parkings, (...) des marseillaises quittent la Méditerranée pour s’installer sur les rives du lac Léman, des cailloux protégés par une Vierge Marie italienne déménagent dans un jardin zen".
 
del ve 3.jpgD’où l’importance de l’art qui est la riposte a-logique aux limites de la logique. En s’opposant à une vision trop simple de la réalité la plus humble, l’art introduit la notion d’immixtion et d’outre-passement en ouvrant un accès privilégié à de multiples possibilités de relations. Dans l'exposition comme dans le livre "Cailloux et autres pierres" cette entrée ne se limite pas aux "objets" dessinés mais aux mots qui eux-mêmes les "re-présentent. Et ce, au moment où le dessin offre un espace tiers afin que les mots trouvent un autre développement quasi surréaliste en des remarques apparemment les plus simples.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Naomi Del Vecchio, "Semer des pierres", Andata Ritorno, Genève, du 16 septembre au 9 octobre 2021, Naomi Del Vecchio, "Cailloux et autres pierres", Art&fiction, Lausanne, 2021.

 

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