gruyeresuisse

14/09/2021

L'art de la fable selon Fabienne Radi

Radi.jpgÀ partir de douze œuvres d’art contemporain qu’elle a sélectionnées dans les fonds de Documents d’artistes Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Fabienne Radi invente quatre histoires qui reprennent les codes de la fable. S’inspirant autant de Jean de La Fontaine que de John Baldessari, elle déplace les bestiaires et trafique les morales. Une grande femme laide tombe sous le charme d’un bûcheron à longue chevelure rousse. Un gendarme esthète se prend de passion pour la photographie d’accidents. Deux sœurs luttent contre leur prédisposition aux varices. Un professeur de tennis voit sa vie chamboulée par un cadeau anonyme
 
Radi 3.jpgLa spécialiste des titres, plis, malentendus, coupes de cheveux, dentistes, cinéma, sont des motifs récurrents dans son travail qu'elle poursuit dans son travail d'obliques obligations. Elle a publié Émail Diamant (art&fiction, 2020), Holy etc. (art&fiction, 2018),  Cent titres sans Sans titre (boabooks, 2014) et ce livre poursuit son entreprise. Elle reste  pour celle qui n'a rien de platonique (surtout lorsqu'il s'agit de l'amour) la maîtresse de l'imaginaire et de l'image.
 
Radi 2.jpgSuccesseur - mentalement mais non physiquement - de l'homme qui rit de Hugo et du Joker de Baztman incarné par Jack Nicholson, elle fait une révision des tropes et topiques selon des cours d'humour au second degré. A travers les artistes qu'elle a retenus et qu'elle évoque aussi bien de près que de loin, celles et ceux-ci deviennent les helix sires dont elle ravit les bijoux pour inventer des histoires où d'une manière ou d'une autre le corps est remis en question dans des assemblages dont elle a le secret. Le sourire mord, l'allégorie - ou ce qui en tient lieu - renvoie le feu grec à une plaisanterie de derrière les fagots. Planant sur terre, les personnages sont ramenés par l'art à leur vraie nature telle que Fabienne Radi la dévisage à travers ses fables. L'homme est fait de feu, la femme l'attise, le diable l'enflamme" mais en absence des Ecritures Saintes le dieu Eros s'en lave les mains et il arrive que certaines prêtresses doivent soigner leur circulation sanguine.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Fabienne Radi, "Le déclin du professeur de tennis & autres fables", Sombres Torrents, Rennes, 2021, 76 p., 8€  / FS 10.

Écrire un commentaire