gruyeresuisse

11/09/2021

Portrait d'une éditrice romande : Caroline Coutau

c..jpgAmandine Glévarec a réalisé sur son blog "Kroniques.com" un entretien avec l'éditrice Caroline Coutau. Elle est devenue au fil du temps une des figures majeures de l’édition romande.  Critique et journaliste culturelle pendant plusieurs années et après un an à New York comme danseuse chez Merce Cunningham et deux ans à Jérusalem, elle  retrouva la Suisse. Elle  rejoint les Editions Labor et Fides  puis les Editions Noir sur Blanc et enfin  Zoé qu'elle dirige. D'abord timide mais lectrice acharnée, ses voyages loin de ses bases lui on paradoxalement permis de d'exprimer dans sa langue maternelle : le français. Son expérience de la danse contemporaine l'a portée vers les formes innovantes et les expérimentations littéraires. Elle a appris à repérer les auteur(e)s en devenir. Et celle qui dit n'avoir connu dans sa jeunesse que "Le Poisson-Scorpion" de Nicolas Bouvier et Ramuz s'est vite ouverte à la littérature romande loin des seules références "franco-françaises".
 
c. 2.pngElle s'y est plongée tout en ne négligeant pas les langues foraines (espagnole, anglais, etc.) et en apprenant ce qu'un travail d'éditrice nécessite. Chez Zoé elle a réellement pris son envol pour que perdure et fructifie une maison d'abord associative dirigée par quatre femmes de bonne volonté qui ont publié entre autres "Le Dehors et le dedans" seul ouvrage de poésie de Nicolas Bouvier ou encore des traductions de Robert Walser et Matthias Zschokke. Héritière du beau catalogue de Zoé,  elle a pris sa direction au moment où émergea une jeune génération d’auteurs. L'éditrice les aide lorsqu'ils peinent à  reprendre le manuscrit, à réécrire et ce, dans un compagnonnage.  L'éditrice voyage aussi beaucoup pour la promotion de ses livres en endossant tous les rôles d'une directrice d'édition : comptabilité, édito, promotion, achats de droits, lecture de manuscrit, recherche de fonds d'aide, diffusion, le tout avec une constante prise de risque.
 
c. 3.jpgPeu à peu et grâce à elle, Zoé est une maison d’édition suisse mais dont la zone d'intérêt dépasse son territoire. D'autant que Caroline Coutau sait s'intéresser à celles et ceux qu'elle nomme les "auteurs métissés" qui viennent d'ailleurs (Cameroun, Corée, Balkans, Italie, Angleterre, etc.) et qui nourrissent la fiction et le français de leurs langues et de leurs cultures. "Il me semble que c’est le propre de l’être humain d’avoir à se confronter à l’autre" dit-elle à son intervieweuse. C'est aussi le propre d'une éditrice. Par cette ouverture, les livres qu'elle édite nous confronte à nous-mêmes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

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