gruyeresuisse

30/08/2021

Le mot qui ouvre

Silence.jpgEcrire revient à saloper le silence, à accepter de n’être plus un agneau sous la mère. Le langage fait résonner son trouble, l’excède, creuse son espace, poursuit le rêve d’en sortir par pénétration. C'est pourquoi la pause peut la prose lorsque la décision radicale de l’être qui l'habite l’impose pour échapper à ce qui nous affecte dans l'épaisseur de mémoire. Elle nous maintient sous le mode d’une incompréhension  sidérante en sa proximité agissante.  Certes, avant même la parole il y a la mère. Mais pour que l'existence en sépare il y faut -  à défaut de père et de repère -  passer de l’abîme au paroxysme. Mais où aller  lorsque nous avons nous-mêmes rédigé l’acte qui nous expulse  par notre naissance ? Ne restent que des trous dans notre feuillage et peut-être rien autour sinon à faire comme ceux qui persistent et signent avec des traits comme gravés dans leur graisse au moyen de la pointe d’une aiguille et qu'ils croient ainsi faire littérature confondant contrainte et liberté.  Dès lors quel nom donner à l'écriture sinon celui qui manque et qui remplit tout son espace ?  La phrase y disparaît.  Si bien que le silence demeure là où l’inconscient se concentre depuis tant d’années et où le mot se cherche pour percer sa peau fuyante. Restent les plis du coeur, les déchirures de l’âme. Tout tient en un paquet de nerfs. Sans cesse un ange passe dans la forêt des songes. Sa chute fait son chemin dans le jeu de bien ds miroirs. Nous brûlons encore  mais de quel feu et de quel bois ?  C’est pourquoi, pour certains, dans la littérature le sens du moindre est religieux. Mais tout n’est pas de la même cendre. Même si tout attendre sans rien attendre est religieux. En dieu l’esprit est trop impatient. Pour être il doit  devenir un corps lent. L’absence s’y conjugue. Et ce afin de savoir en quel vocable l'écriture peut être mise à nu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

20:04 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

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