gruyeresuisse

25/08/2021

Les présents gnomiques de Marie Bovo

Bovo.jpgMarie Bovo, "La saison des pluies", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 2 septembre au 30 octobre 2021.
 
"La saison des pluies" donne à voir la tombée de la nuit à Marseille, à Alger, au Ghana. Les couleurs et l'atmosphère en grand format sont captées à la chambre en argentique et en lumière réelle même lorsque celle-ci est parcimonieuse. Elles créent par exemple de fascinantes visions des murs de la cour d'un immeuble marseillais du quai de la Joliette saisi en contre-plongée parfaite.  Des fils à linge dessinent des lignes à travers l'espace, reliant les quatre murs. Les vêtements vus à la verticale paraissent presque abstraits. Existe ainsi tout un réseau de relations qui symbolises le lien entre les habitants absents mais dont de nombreux indices annoncent qu'ils ne sont jamais loin.
Bovo 2.jpg
Les longs temps de pose que l'artiste s'impose créent une atmosphère étrange, comme si le temps s'arrêtait. Et celle qui est née à Alicante et vit à Marseille multiplie des moments de prise entre chien et loup car la lumière y est particulière et magique - que ce soit à Marseille ou à Alger au moment où les lumières commencent à s'allumer sur les façades en vis-à-vis. Des taches de lumière signalent une vie que rideaux et persiennes avaient jusque-là cachée. Les vues sont présentées deux fois, avec de subtiles variations des couleurs.
 
Bovo 3.jpgCe qui intéresse l'artiste reste néanmoins  le quotidien, l'intime de groupes humains en un patchwork de couleurs chaudes. Et dans un village du Ghana, Marie Bovo s'est intéressée aux cours situées devant les maisons, lieu essentiel de la vie quotidienne. Un mortier en bois, une bassine en aluminium, un bidon en plastique, du linge accroché, un brasero évoquent la vie humaine. De telles prises créent des décors étranges dans des lieux qui parfois vont être détruits. Avant la nuit le monde palpite là où les portraits restent aporiques.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

Les commentaires sont fermés.