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21/07/2021

Kristin Oppenheim : la voix et l'espace

Opp.jpgKristin Oppenheim, MAMCO, Genève, jusqu'en décembre 2012
 
Pour Kristin Oppenheim, les voix tiennent lieu d'oeuvre d'art. Son installation sonore est  composée de sept séquences musicales. La voix s’approche, éveille l’attention et enveloppe en douceur. Une seconde voix, plus lointaine, se superpose à la première et élargit l’espace sonore. La spatialisation et la réverbération des voix permettent de reconnaître les distances et de prendre ainsi conscience du lieu. Le visiteur se retrouve en conséquence au milieu d'un  espace auditif où la voix a cappella conserve l’essentiel d'un chanson originale réduite à  une courte mélodie et une ou deux phrases.
 
Opp 3.jpgLa créatrice en appelle à la mémoire individuelle et collective en proposant un air déjà entendu et diffusé en boucle. Mais le chant permet de "jouer" sur toute la gamme des sentiments et des sensations primaires, à travers la vibration vocale, le balancement des voix. Le rythme proche d’une respiration crée des hantises vaporeuses. Si bien que les répétitions et les diverses tonalités cherchent à révéler des voix enfouies en chacun de nous. Le corps n’est donc plus un appareil capable de percevoir une voix. Il permet de redécouvrir les propriétés tactiles du son en un savoir vivant en écho à l'évanescence créée par l’absence du corps qui émet ce chant épuré dans l’espace.
 
Opp 2.jpgQuant aux paroles elles signalent aussi un manque et une distance vis-à-vis de l’autre. Suivant les mélodies choisies, l’artiste parfois aperçoit quelqu’un par la fenêtre, parfois elle est délaissée ou en pleurs. Néanmoins elle peut tout autant séduire avec le "Squeeze me tight" (Serre-moi fort) de "Starry Night" et son appel à l'autre et à l'amour dans un filet de voix qui se voudrait nasse enjôleuse.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

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