gruyeresuisse

07/02/2021

Guy Oberson : arbres de vie

Oberson.jpgGuy Oberson, "Demeurer dans les arbres", Ferme de la Chapelle, Lancy, février 2021.
 
Guy Oberson pourrait faire sienne la phrase d'Yves Bonnefoy :   "On me demande parfois ce que je nomme arbre. Je répondrai : c’est comme si rien de ce que nous rencontrons n’était laissé au-dehors de l’attention de nos sens ”. En dessins et oeuvres cinétiques le plasticien lève des remparts premiers. Parmi eux, contre la perte irréductible, l'arbre  devient le "don de la mélancolie" dont parle Giacometti.  Et son "héritier" est capable de donner un élan au moment où le monde glisse insidieusement vers une fin.
 
Oberson 2.jpgDe telles images sourdes (que souligne néanmoins une bande sonore) n’ajoutent presque rien mais ne retranchent pas plus. Mais il s'agit de tenter de sortir de l'affolement et du désarroi lié à la perte.  L'arbre et le cerveau qui l'envisage deviennent les deux morceaux d'un même ensemble : l'un est la plainte travaillée par le temps, l'autre est le temps qui se tourne contre lui-même. Ramures, nervures, racines et rhizomes ouvrent  et entourent dans un mélange de destruction et de création. Et Oberson rappelle que tout rôde dans la mémoire. Car il existe une mémoire de l’arbre comme il y a celle du temps d'un passé qui vient de perdre son présent.  
 
Oberson 3.jpgAller du tronc aux branches, des nervures à leur nid, permet un passage, une lente infusion.  L’homme sait que l’arbre ne peut l’arrimer ni à la terre, ni au ciel mais qu'il représente ce transfert de l’un à l’autre.  Il est aussi l'horizon que la mort ne semble pas atteindre.  Il repart toujours du néant vers l'épanouissement. Face au chaos l'arbre ne sauve rien mais reste la source à laquelle s’abreuve la vie dans une clarté énigmatique au moment où tout est noir, où l'espace semble vide. A la croisée de ses branches l'arbre lance ses appels sans jamais oublier l'hier enseveli dans l'aujourd'hui comme l’été dans l’hiver, l'intérieur dans l'extérieur, le positif dans le"négatif", la lumière dans son ombre.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:05 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0)

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