gruyeresuisse

27/12/2020

Jean de Breyne : les cris de l'écrit

Breyne.pngDans ces photographies de graffiti un grand défoulement fonctionne parfois même vers des excès   linguistiques mélodramatiques dont une certaine anthropophagie fait partie. Les éléments phrastiques  grouillent et s'inversent : il suffit de prendre une poule et de dévisser une ampoule pour remplacer la seconde par la première et c'est ainsi que les graffiteurs font leur show moins ludique qu'il n'y paraît.

Ceux qui sont sans paroles la retrouvent et au besoin la  tordent dans  la célébration d'un souffle qui sort de poumons à la "sauce goudron". La chair et ses émotions sont cul par dessus tête dans de tels mots de rue. Aucun dogme du réel ne peut plus tenir la route et ça beugle de partout.
 
Breyne 2.jpgCela carbure, usine vers la déliquescence. Mais cet Apocalypse est presque une fête. Les êtres tombés se relèvent sauf si un alligator de la paix - tel un pangolin - les terrasse. Quelques fragments épars d'espérance pointent. Et cela ne ressemble jamais à une vue de l'esprit digne des imbéciles. Jean de Breyne ne retient que ce qui cyanure les idées reçues. Ces ruades de rue font que tout bascule. Et au delà de nos marches plus ou moins forcées le livre donne  le temps de savourer  de telles visions purgatives et poétiques.
 
Jean-Paul Gavard-Perret.
 

Jean de Breyne, "Phrases de la rue", Photographies, préface de Michèle Aquien, L'Ollave, 128 p., 2020.

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