gruyeresuisse

06/08/2020

La gueule ouverte

Tristan 6 bon.jpgDifficile d'exprimer ce que j'éprouve d'autant que j'ai souvent du mal à le ressentir. Qu'on se rassure je ne suis pas plus sûr d'approuver mes pensées. Il m'arrive même de vaticiner uniquement pour m'en venger. Si bien que mon langage se recompose dans un certain vide. Les mots que j'émets en échange difficile d'en préciser le sens.

Si bien qu'à tant désirer les mots, leur tissu de patience finit par se déchirer. On y cherche sa place mais la broderie des phrases n'est qu'absence. Le corps se glace à mesure que tout sort de son trou. L'impossible étreinte reste sans lettres et nous laisse innomée. Nous restons encagés :  rien ne vient, rien ne va, l'être tourne sur lui-même dans la roue du mensonge. Il y a trop de noeuds au roulement des mots, seul leur trop peu entoure.

On affirme que nos orifices obéissent à leur propriétaire (même s'il ne fait pas grand chose pour ça) mais l'orgue à couacoua ne troue que le vide. Néanmoins nous assistons à sa mécanique et nous débitons notre laïus comme si nous l'avions appris par coeur tout en restant stupéfaits des signaux qu'il émet.

Le corps devient son objection, il nous mâche dès que nous l'ouvrons. Tout sort en charcutaille jargonnée. Nous croyons éclairer du vivant mais nous l'empestons en vieux loupiste, en hittite ouistitite ou suie d’ombres. Notre fièvre porcine se sculpte en lattes et hures. Si bien que notre poésie n'est qu'une esclabadanche de saindoux. Il fond à vue d'eail ou s'épaissit. C'est selon. Le tout avec un gout d'ail dans l'haleine pour chasser notre propre vampire. C'est d'abord mourir puis vivre tant qu'il est encore temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Dessin inédit de Tristan Félix)

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