gruyeresuisse

30/07/2020

Delta Force

Tristan Delta.jpgComme un delta je vous ouvre les bras. Avec lenteur. Le sable s'enroule autour de nos chevilles, il entoure d'un seul coup nos mollets. Au moment où les genoux sont atteints vous renversez la tête et ogre va. Le sable presse à hauteur des cuisses Je découvre que votre peau peut être enlevée délicatement : je tire elle se relève, elle s'enroule par-dessus vos genoux. Je tire encore, elle glisse le long du ventre, fine à l'extrême transparence. A partir de vos reins je soulève plus fort. La peau découvre les muscles ronds et les trapèzes du dos. Elle se relève jusqu'à votre nuque. J'arrive sous vos cheveux, mes doigts en traversent la masse, je touche votre crâne, je découvre la beauté de l'os brillant. Des frissons me hérissent la peau, mes ongles sont enfoncés dans la chair de vos épaules. De soeur Anne il ne vous faut plus rien attendre. Le contact du sable est doux contre les jambes. Yeux brillants, je vous maintiens contre moi, je vous mange.

Comme un delta vous ouvrez les bras et un saule pousse dans votre corps, il bouge ses branches avec violence, avec douceur - ou bien c'est un buisson d'épines ardentes. Il déchire l'autre côté de mes muscles, mon dedans. C'est là votre vengeance. Votre main, votre bras sont entrés dans ma gorge, vous traversez mon larynx, atteignez mes poumons. Vous arrachez mon estomac, déchirez mes intestins. Je vous rejoints. Deux corps se lient à ce qu'ils ignorent et font surgir leurs doubles. Notre bestiau nous aura conçu anthropophages l'un de l'autre. Peu importe d’être dans la vérité ou dans l’erreur. Notre régénération n’existe que spontanée. Nous regagnons nos corps au nom des contes. Je suis votre Barbe Bleue mais blanche qui vous fait croire peut-être au Père Noël.

Comme un delta je vous ouvre les bras. Une soupe en nous fait masse sans que nous ayons à astiquer ustensiles et ostensoirs. Ravalons nos idées pour les laisser filer - comme l’existence - à l’exutoire. Ne soyons pas de ces fous de bas sens qui pilonnent l’impensable de blablabla. Voila vous avez fait l'image. Elle n'ajoute rien mais retranche pas plus.

Jean-Paul Gavard-Perret

(oeuvre de Tristan Félix)

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