gruyeresuisse

01/07/2020

"La Pièce Manquante" ou les disparitions

Polla bon.png"La Pièce Manquante" (The Missing Piece), Analix Forever, Genève, du 7 au 25 juillet 2020.

Pour sa nouvelle exposition et sous la curatelle de Paul Ardenne, Analix Forever se consacre à un art de témoignage. Le sujet précis en est la guerre en Syrie. C'est l'occasion de voir comment les artistes disent cette guerre qui est devenue un non-évènement médiatique vue sa perpétuation et le besoin de nouveautés que les médias dits d'information entretiennent sans se préoccuper de ce qui tue au delà des évènements les plus récents.

Polla bon bon.pngGuillaume Chamahian, Frank Smith, Julien Serve et Randa Maddah donnent ainsi leurs échos du front de la guerre civile et ouvrent à de nombreuses interrogations sur le "sens" de la guerre et comment on y vit et y meurt. Ce qui reste pour le moins complexe à qui veut éviter de souverains poncifs. Guillaume Chamahian, à partir de photographies de presse de la famille Bachar el- Assad, créé des puzzles dont il a retiré une pièce centrale : Bachar lui-même. Polla bon 2.pngExiste aussi la maison détruite que montre Randa Maddah et le flot ininterrompu de dépêches AFP que dessine Julien Serve et qui sont devenues lettres mortes. Frank Smith par sa poésie forensique interroge la valeur de preuve des témoignages.

Polla bon 3.pngL'exposition illustre de la sorte la manière que l'art doit employer pour évoquer un tel conflit. Il s'agit de s'abstraire de toute spectacularité des clichés racoleurs et morbides dont l'effet est purement factice. Dès lors plus qu'une exposition documentariste sur la guerre (même s'il existe de nombreux et nécessaires documents), cette monstration permet d'évoquer comment se construisent ou se distordent les images d'information ou de communication. Tout concourt finalement à cette évidence "crasse" et terrible : la guerre (et qui plus est civile) n'est que mort et destruction. Le reste à cette aune n'est plus qu'une commodité de la conversation avant une conversion au silence.

Jean-Paul Gavard-Perret

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