gruyeresuisse

21/05/2020

Le beau n'est pas toujours en haut - Sandro Giordano

Sandro 3.pngTous les malheurs du monde, le photographe romain Sandro Giordano les incarne dans un vaste projet : "In Extremis". La femme devient le vecteur tragi-comique de mises en scène où la fantasmagorie et le réel se mêlent. Celui qui a étudié la scénographie à "Istituto per la Cinematografia e la Televisione Roberto Rossellini" à Rome, a travaillé comme ingénieur du son et lumière puis est devenu acteur dans des films entre autres de Luciano Melchionna, Giancarlo Cobelli, Dario Argento. se consacre désormais entièrement à son travail photographique.

Sandro.pngDans cette série majeure et au long cours, au sein de divers situtations, lieux, éléments disparates qui jonchent le sol et dont l’usage reste parfois une énigme, l'héroïne devient une sorte de sculpture accidentelle étalée voir écrasée à l'air libre dans des positions aussi grotesques qu'inquiétantes. Au sein d'une indifférence généralisée elle n'est plus qu'une pomme avariée sur la terre, un bateau ivre dans une fausse fontaine de Trevi, un empilement comparable à celui de caisses à légumes.

Sandro 2.pngS'instruit par son entremise un certain "discours" sur l'ordre du monde ainsi que son chaos là où, de la beauté - qui fut un presque tout -, finalement ne demeure qu'un presque rien. Sandro Giordano (aka Remmidemmi) n'a donc rien d'un bonimenteur. Dans ses farces - d'une nouvelle commedia dell'arte - une forme de volupté louvoie encore un peu - mais se produisent d'autres imbrications. La morbidité est présente  mais tenue à distance. L'héroïne reste un rien mythique quoique dérisoire. Nous en sommes à peine séparés. Mais sa silhouette demeure celle d'une poupée cassée, dégingandée symbole de ce qui et quoi nous avons galvaudé au sein d'un matérialisme échevelé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sandro Giordano, "Magic of Photography", galerie "In focus Galerie – B. Arnold", Cologne, mai 2020.

Écrire un commentaire