gruyeresuisse

03/05/2020

L'au-delà de l'éros : Elizabeth Prouvost abbesse de la chapelle sextine

Prouvost.jpgDans sa superbe série - en cours  et en corps (avec Vanda Spengler) que n'aurait pas reniée Bacon - existe un portrait de l'amour très particulier. Le flanc de l’amoureuse s'ouvre comme s'il n'avait pas suffisamment résisté au désir de vivre et d'aimer. Néanmoins dans des scènes de mystère et parfois de "boucherie" se frôle le plus ardent des appels. Existe une sorte de surréalisme gore mais  onirique dans le jeu des corps qui se donnent en spectacle pour jouir de leur exhibition, étalement, accrochage.

Prouvost 2.jpgLe but n’est pas l’assouvissement d'un quelconque fantasme d'Eros ou de Thanatos mais celui de la puissance et de la souveraineté de l'image. Existe dans ces "baisers de mort", et paradoxalement, le dur désir de faire durer la faim plus que la fin. La photographie joue donc un jeu du désir pour en disposer autrement et afin que le corps se voit devenir l'autre dans une prolifération de viande mais aussi de formes énigmatiques.

Prouvost 3.jpgComplices, les deux artistes font regarder le corps non dans la seule psyché proposée dans les traditions picturales L’ironie mais aussi la poésie motrice ne sont jamais absentes là où l’image est rendue à sa chair et la chair à un pré-texte. Les créatrices délient le corps pour lui faire habiter un espace différent de celui qui distrairait le regardeur. Entre horizontalité et verticalité l'oeuvre est l’épreuve de recommencements toujours insaisissables. Son pouvoir n’est pas d’illusion mais d’étreinte. La viande fait ce que les caresses ne font pas. Précipitée ou pendue la première ne se dérobe pas où alors selon un strip-tease très particulier...

Jean-Paul Gavard-Perret

Elizabeth Prouvost et Vanda Spengler, "Baiser de la mort"

https://www.elizabethprouvost.com/

 

Les commentaires sont fermés.