gruyeresuisse

16/04/2020

Michel Butor et Jacquie Barral : tout ce qui reste

Barral.jpgDans son innocence joyeuse, Michel Butor savait faire défiler les mots afin de monter d'étranges architectures. Le tout entre radicalité et émotion (particulière) qui font d'un tel ouvrage une connaissance et un plaisir selon un lien qu’Aristote aurait pu souligner. Ce jeu à quatre mains induit une dramaturgie ouverte à l’appréhension de l'inconnu.  La créatrice sait que la vie est toujours après ou avant les mots. Pas dedans. A l’artiste le jour dans la nuit, à l’auteur la nuit dans le jour.

Barral 2.jpgLes images de Jacquie Barral et ses plans transforment le vécu et le perçu évoqués par l'auteur en une forme de concept analysante au sein d’une structure spatiale et temporelle. Les deux créateurs décapitent les monstres obscurs qui hantent les cauchemars. En une feinte d’abstraction les images deviennent sinon chair du moins avaleuses de grenouilles au moment où la calligraphie baffouille une complainte ironique.

 

Barral 3.jpgDu texte à l’image s’inscrivent les formes savantes et secrètes entre lignes, stries, volumes. De là naît la contemplation qui n’a rien de mystique. Etre mystique c’est se laisser dévorer vivant pour ne plus tomber nez à nez avec son jadis et son naguère, parallèlement.  A l'inverse dans l'asile du livre les deux créateurs jettent des signes au sein de l'espace-temps pour y pêcher des directions. Les formes deviennent aussi réelles que leur trou. Et l'entre ligne aussi conséquent que l'écriture. Ils ont la même consistance dans cette momification qui - on s'en doute s'agissant de l'auteur - reste une "modification".

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Butor et Jacquie Barral, "Monologue de la momie", Fata Morgane, Frontfroide le Haut, 2013, 32 p, 220 E..

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