gruyeresuisse

01/04/2020

Colette Thomas la Surréelle

th 2.pngCelles et ceux qui ignorent le nom de Colette Thomas peuvent le découvrir en prélude à une chanson de Christophe dans son plus bel album "Aimer ce que nous sommes". Il est énoncé lors de l'intro du titre "It's must be a sign" par Denise Colomb dont la voix est extraite du documentaire "La Véritable Histoire d'Artaud le Mômo".

Colette Thomas fut en effet comédienne dans la troupe de l'auteur des "Cenci" qu'elle connu par l'écrivain Henri Thomas qui fut son époux. Le premier en parlait ainsi : Colette Thomas est la plus grande actrice que le théâtre ait vue, c'est le plus grand être de théâtre que la terre ait eu ». Mais sujette à des troubles psychiatriques, sa séparation avec Henri Thomas et la mort d'Antonin Artaud aggravèrent son état. Elle a laissé sous le pseudonyme de René, un seul livre, "Le Testament de la fille morte"(Gallimard, 1954).

 

th 3.jpg"L'odeur de la nature" en propose un extrait. Surgit la poésie d'un surréalisme dans tous ses états tant le rêve nocturne est animé par une divine "sorcière". Au sein de l'histoire d'un corps perdu au milieu du roulement du tonnerre, la narratrice voit "la lumière même brandie par je ne sais quelle main". Une lumière jaune et précise, "comme une fabrication mécanique et préméditée de quelque homme." Soudain à la machinerie théâtrale fait place celle que l'auteure avait fomenté avec le "pique-feu qu’Antonin Artaud m’a donné et qui est comme un éclair solidifié – et que je peux tenir dans ma seule main." Pour autant elle n'en abuse pas, pas plus que de son pouvoir : elle rentre chez elle afin de ne pas être trempée. Non qu'elle craigne le mal : elle était morte avant.

 

Badt.pngDe celle qui fut enfouie au centre même de la souffrance J-G Badaire glorifie le texte là travers de superbes dessins. Se trouve entre autre un portrait d'une auteure qui "pria pour la morte que tu devrais être". Et la poétesse d'ajouter "Cette femme-là porte sur elle l’odeur de la nature". Badaire décline ou plutôt éclaire la puissance de ses mots. Ils ne sont pas sans rappeler le romantisme allemand et une poésie néogothique que anticipa bien plus encore qu'une Leonora Carrington ou une Léonor Fini.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Colette Thomas, Jean-Gilles Badaire, "L'odeur de la nature", Fata Morgana, 2016,16 p.

 

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