gruyeresuisse

16/03/2020

Un adolescent d'autrefois - Alain-Fournier

AFournier.jpgugustin, le héros du Grand Meaulnes s'oppose au statut classique d'un tel personnage. Il est gauche et est moins fascinant que d'autres présences de livre (Franz en particulier). Un tel roman de scolarité (et qui repose sur son calendrier) possède des moments merveilleux et une absence de causalité. D'où sa fascination par des générations de lecteurs vis à vis de l' "ange", éternel adolescent.

Alain-Fournier ne fait aucun portrait de ce (anti) héros orphelin de père : celui-là prend sa tête entre ses mains et devient une ombre, une effluve, un courant immobile qui habite mal son corps. Tout ce qu'on saura :  crâne rasé il est glabre avant qu'une barbe pousse sur son visage osseux. Ce  taiseux est quelque peu  vampirisé par le narrateur et se sent insolite. Pour preuve il traverse l'épisode central de la fête (qui symbolise une sorte de fin de l'adolescence) comme un intrus dont la figuration est instable et hésitante mais toujours disponible à la rencontre.

L'adolescence de héros est rêvée d'autant que cette notion n'est à l'époque pas encore stabilisée. Nous sommes au début de sa reconnaissance  qu'Alain-Fournier fait advenir - après Rimbaud. Entre rusticité, nostalgie et féerie Meaulnes perd, faute de mots, sa route. Et la clé est détenue par un personnage louche et que sa domination suggère.  Existe là un nécessaire inaboutissement réglé par Augustin lui même. Son narrateur en devient le désenchanteur. Ce qui le rend plus attachant encore.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Alain Fournier, "Le Grand Meaulnes", Edition de Philippe Berthier, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard Paris 2020, 560 p., 48 E..

Commentaires

Prendre le temps (puisque « confinés« ) pour lire cette présentation et pourquoi pas relire Le Grand Meaulnes
Vous faites quelque chose de positif qui nous change des inutilités négatives qui circulent sur le net...
Merci aux hommes et femmes de bonne volonté !!!!

Écrit par : Benoit-Basset | 16/03/2020

Trop gentil. Merci. Et tenons.

Écrit par : gavard-perret | 16/03/2020

Les commentaires sont fermés.