gruyeresuisse

05/03/2020

Aks Misyuta : "un murmure à l'oreille"

Aks.jpgAks Misyuta, "Constant Instant",Galerie Sébastien Bertrand, Genève du 21 février au 24 avril 2020.

 

Les femmes et plus généralement les biomorphismes de l'artiste d'origine russe Aks Misyuta possèdent un caractère charnel très imposant et c'est peu dire. Inspirés par les êtres qui l'entourent l'artiste crée néanmoins des formes d'autoportraits diffractés et très particuliers. L’apparence « gonflable » des corps est là pour souligner paradoxalement la nature très vulnérable des êtres : il suffirait d'une piqûre d'épingle pour que de tels corps disparaissent.

 

Aks 2.jpgCe sont comme des ballons de chair qui flottent ou volent dans leur propre monde. Les idées floues prennent des formes incompressibles du moins en apparence là où il s'agit de détruire une certaine idée de la "belle" peinture. Solitaire, l'artiste travaille entre l'illustration et la peinture soit à l'aide d'ordinateurs soit directement sur le support. Et souvent elle mixe les deux process dans des techniques sophitiquées où se joignent l'angoisse et le désir.

Aks 3.jpgL'artiste aime toujours repartir de zéro pour dessiner, peindre (en bleu ou rose), graver là où tout est conçu à partir certes d'un travail consommé mais où tout repose sur un geste spontané et l'intuition (souvent avec une brosse propre humide et toujours sans croquis) mais aussi à partir d'une méditation sur la nature humaine. Le romantisme figural prend des formes épaisses. Elles montrent combien la femme reste prise dans une situation inconfortable en nos sociétés encore patriarcales. L'artiste se veut une rebelle tranquille. Elle ne cherche pas à prouver mais faire de chacune de ses oeuvres ce qu'elle nomme "un murmure à l’oreille"

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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