gruyeresuisse

31/01/2020

Camille Saint-Jacques, Eric Suchère : inutile, vous avez dit inutile ?

Suchere.jpgNi funambules ou prestidigitateurs, ni centristes de l'art, Suchère et Saint-Jacques revisitent un certain nombre de dogmes donnés pour acquis dont ceux qui, peu sensibles à la notion d'oeuvres majeures ont fait le lit d'une populisme plasticien. Les deux auteurs obligent à plonger dans l’histoire de l’art de manière pertinente et non à coup d’historiettes.

S'ils mettent des limites à la notion de chef d'oeuvre tel qu'il est entendu jusque là, ils n'ouvrent pas pour autant toute grande la porte aux mouvements qui revendiquent « le rien le peu, le pas grand-chose » comme valeurs en soi ou absolues. Revenant au "chef d'oeuvre inconnu" de Balzac ils réhabilitent bien des données pour apprécier le mystère que cache cette notion.

Mais accéder à l'acmé artistique n'est pas simple rappellent les essayistes pour qui une telle motivation n'est néanmoins pas la seule. De plus ils évoquent les conditions qui permettent à une création d'être porteuse sinon de "beau" (mot désormais aussi honni que celui de chef d'oeuvre) du moins de sens. Face à la frénésie de blabla dont le monde artistique et critique est friand ils proposent une profondeur d'analyse pour scruter ce qui se passe par effet de surface et faire le tri entre ce qui "tient" et ce qui ne produit qu'une jouissance aussi immédiate que superfétatoire. Si bien que les étiquettes - même celle de chef d'oeuvre - n'engagent qu'elles-mêmes. Le livre en libère. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Camille Saint-Jacques, Eric Suchère, "Le Chef d'oeuvre inutile", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2020, 138 p., 20 E.

 

Les commentaires sont fermés.