gruyeresuisse

28/01/2020

André Baillon, le cerveau et les mains

Baillon.pngAndré Baillon, "Par fil spécial - carnet d'un secrétaire de rédaction", coll. Tota Blu, Héros-Limite, Genève, 2020, 176 p., 18 E. 

André Baillon dans ce texte écrit il y a presque 100 ans créa un récit plein d'humour corrosif favorisant de nombreux détours. Le motif : écrire sur le métier de secréataire de nuit dans un journal. En ce milieu on ne parle - ou parlait (car il a bien changé sous le joug du numérique) d'ouvriers mais d'hommes : les hommes des linotypes, des machines, de la clicherie. Entre eux ils s'appellent compagnons ou camarades " ce qui sonne plus vrai qu'entre les journalistes qui s'appellent "confrères" ce qu'ils sont si peu". Pour le héros ils portent les uns et les autres des noms. Et celui-ci fréquente sur un même pied d'égalité les cerveaux et les bras.

Baillon 2.jpgL'auteur, cela se sait depuis longtemps, écrivait bien et tapait fort mais en finesse. Il fut ce qui se nommait écrivain prolétaire. Mais son témoignage déroge à la règle du sentimentalisme désolé. A coup de vignettes il a au besoin dévoyé ses sources et modèles moins pour ajouter de la fiction au réel que pour la transformer dans un langage plus laconique, âpre, fractal rapide avec des bribes de dialogue pour mettre à nu certrains épisodes "désopilants" (enfin presque) suite à des problèmes dus à la technologie lorsqu'elle fait défaut ou est mal dominée.

Baillon 3.jpgLe Belge écrit ici un des grands livres sur le journalisme. Et ce à même le marbre. Pas besoin pour le ludion ludique d'envisager les grands espaces. Le poste de secrétaire de rédaction qui fait le joint entre les divers étages d'un journal reste l'idéal et lui convient comme un gant (de boxe). Dans son livre il sait oeuvrer non dans l'extraordinaire et la sensation mais dans la retenue acide. C'est ce qui appâte aujourd'hui encore le lecteur (toujours avide de faits divers...). Et cette aventure dans le ventre d'un journal ou entre ses lignes de vie est le vecteur idéal pour renouer avec cet irrégulier belge de la langue.

Jean-Paul Gavard-Perret

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