gruyeresuisse

21/12/2019

Les déambulations de Larry Sultan

Sumtan 1.pngLarry Sultan s’attarde là où la vie se fomente. Le tout dans une conception quasi métaphorique non seulement de vivre mais de photographier. Il propose et les modèles disposent. L'inverse est vrai aussi...Sa série la plus célèbre reste « Pictures from Home » commencée en 1982 lorsqu’il allait rendre visite à ses parents âgés dans la « réserve » pour vieillards que constitue Palm Spring et son désert (d’ennui). Il a mixé ces photographies avec celles de leur jeunesse à Brooklyn et a monté l’ensemble pour redonner un sens à l’existence de son père et recréer son histoire. Ce fut aussi sa manière de savoir qui il était.

Sultan 2.pngSon autobiographie se prolonge par "The Valley"  une série sur des artistes de porn-movie en une scénographie théâtrale et documentaire. Le titre est tiré du nom de la vallée où son père installa sa famille après guerre avant que ce lieu devienne la capitale du cinéma porno en raison de sa proximité avec Hollywood. Ces photographies sont plus belles que les films eux-mêmes. Tout est plié, réarticulé, distribué dans un expressionnisme ailé et plein d'humour.

Sultan 3.jpgLe réel demeure mais sa mise en scène diffère dans un certain "phrasé" de situations ambigues. Larry Sultan est aussi insolent que doux en se moquant des modes de l’époque  - y compris de l’autofiction. Dans ses déambulations poétiques le photographe offre le proche du lointain en un exercice de rééquilibrage et d’admiration jusqu’à la préhension de ce qu’il nomme la « juste distance » que beaucoup estimeraient mauvaise - mais ils auraient tord.

Jean-Paul Gavard-Perret

Larry Sultan : Domestic Theater", Yancey Richardson Gallery, New-York, 2019.

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