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22/10/2019

Carmen Perrin impératrice : vive l'ampleur

Carmen.pngCarmen Perrin, "Désordres", Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 6 novembre 2019 au 4 janvier 2020.

L'oeuvre de Carmen Perrin est une façon de mettre en œuvre le poids de l'apparentement par l'extraction des objets dans le temps. Et l'artiste de préciser en ce sens que le titre choisi pour l'exposition chez Gisèle Linder n'a rien de fortuit : "il fait écho à ma manière de créer des relations entre des éléments graphiques, des matériaux ou des objets que je détourne. Le travail se nourrit d'une constante attention vers le dehors, afin d'introduire dans ma réflexion des paramètres inattendus qui vont m'obliger à reprendre par de nouveaux biais les questions qui m'intéressent et m'habitent depuis le début de mon parcours artistique".

Carmen 2.pngL'artiste ne cesse de s'interroger sur les rapports de force et les tensions qui habitent l'être. Entre ses ombres et ses ajours passe la tempête et s'élève la poussière. Rien donc que du temps creusé des blessures. Car nous sommes ainsi. Et Carmen Perrin nous ramène au bord de ce monde où un Dieu inconsolable a retiré les fées de nos berceaux mais où le motif du cercle revient "en boucle" dans divers matériaux.

Carmen 3.jpgPour la créatrice dans la nature, le monde, le fonctionnement du corps et de l'esprit rien n'est fixe. Tout est roue et roupie de sansonnet. Et c'est pourquoi chaque oeuvre de l'artiste crée des hybridations qui sont des multiplicatrices de formes. Le "désordre est donc fléché afin de créer - par exemple - soit des surfaces mises à plat afin que surviennent des accidents de parcours, soit des empreintes d’objets quotidiens ou encore des sculptures qui rèvélent "une sorte d'absence/présence de chaque objet traité, comme stoppé dans l'élan d'un usage".

Carmen 4.pngFidèle à une démarche "tinguelyenne" l'artiste utilise de plus en plus des moteurs dont les variations de vitesse crée par la projection de gouttes diverses formes "dessinées". Les oeuvres, d'une série à l'autre, ouvrent vers des expérimentations qui se nourrissent les unes les autres afin de "faire un peu d'ordre dans un nouveau désordre". Carmen Perrin reprend alors l'attente dans une patience active ou une traversée. Si bien que la fixité n'a plus de lieu. C'est l'impensé au cœur de la pensée. L'invisible au cœur du visible. Sphère dans la sphère. Accrocs, plis, torsions, doublures. Régions informes, muettes qu'il s'agit de faire parler, libérant le langage de l'image là où la créatrice devient impératrice : "Vive l'ampleur".

Jean-Paul Gavard-Perret

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