gruyeresuisse

19/09/2019

Le clafoutis anthropomorphique de Tatiana Samoïlova

Samoilova 2.pngAvec Tatiana Samoïlova le corps parfait des nymphes ne se touchera pas forcément : mais il se voit. Nul ne peut dire s’il existe ou pas. Mais il est issu de tous les archétypes du pays natal de l'artiste (la Russie). La créatrice par ses peintures, dessins et collages en réinventent le profil et ce qui pare, tatoue ou entoure de telles créatures. Elles insufflent un  courant d’air moins dans leur boîte crânienne ou leurs gorges profondes que sur le regard du voyeur.

Samoilova.jpgTatiana Samoïlova joue avec les signes qui dopent l’esprit par ses poupées plus pour les adultes que pour leurs enfants. Elle ne s'en prive pas. Des images jadis votives sont transformées en gouffre où les hommes peuvent aller puiser divers types de fantaisies érotiques ou non. Mais ce qui les envoûtait l'artiste s’en amuse et le brise partiellement.

Samoilova 3.pngSa création ouvre un espace qui n'a rien d'innocent. Des êtres dorment dans les corps offerts. Ils germent dans la vodka de l’esprit avant de devenir théâtre d’un grand guignol mystique. L'artiste n’explique pas, elle touille la pâte du corps de ses "poupées" avec un bric-à-brac pour créer un clafoutis anthropomorphique. Elle a ainsi toujours un coup, un cran d’avance. Que demander de plus ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Tatiana Samoïolova, "Le théâtre de la vie", Dessins et peintures, Galerie Alter-Alt, Grenoble, 26 septembre au 20 octobre 2019.

18/09/2019

Manuel Burgener sens dessus/dessous

Burgener.jpgManuel Burgener, "Disbelief", EAC Les Halles, Porrentruy,  du 22 septembre au 17 novembre 2019.

 

Pour sa nouvelle exposition et son titre, l'auteur fait référence au texte de Fabrice Stroun, qui accompagne son livre d’artiste "Summary" publié en 2018 au éditions Frey de Zurich. Ce dernier commence ainsi : « Suspension of disbelief, literally ». Et l'artiste va créer une nouvelle fois une redéfinition de l'espace par la manipulation des phénomènes perceptifs.

 

Burgener 2.pngC'est l'occasion pour lui de perpétuer son approche dont invraisemblances, paradoxes et contradictions deviennent bien plus que des alibis  mais l'objet même de telles investigations ludiques et profondes. Elles jouent à la fois  sur l'équilibre et l'instabilité là où le processus créatif tient toujours en compte du lieu de son éclosion. Le dérèglement de la perception visuelle est induite par les qualités intrinsèques de ses créations. Burgener y garde à l’esprit l'idée que rien n’est ancrée dans le mental comme dans l'espace de manière permanente.

 

Burgener 3.jpgLe Bernois présente ici une série de travaux dont une pièce monumentale composée de plaques de verre mettant directement en scène espace, lumière et le visiteur lui-même par le jeu de reflets. Celui-ci à la fois perd ses repères et se voit contraint à dialoguer avec l'espace de façon intempestive et ludique. Rien n'a plus lieu que ce lieu d'absurdité apparente où l'artiste multiplie ses "sculptures" comme ses montages photogrammes où il intervient directement sur le processus technique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/09/2019

Josephine Sacabo et les guérisseuses

Sacabo.jpgArtiste engagée Josephine Sacabo sait aussi se laisser aller vers des visions poétiques en rien amères. Le corps de la femme (et parfois des fleurs) devient la source d'une vision sophistiquée et délicieusement surannée là où l'éclairage en demi teinte crée une lumière enveloppante. Elle mène vers une profondeur qui semble rester close et irreprésentable. Pourtant il y a le miracle des prises qui l'ouvre jusqu'à la chair dans ce qui tient d'une chambre des illusions du voyeur puisque l'intimité du secret est préservée.

Sacabo 3.jpgLa photographe crée sa propre «Recherche du temps perdu». Surgit la promesse d'un autre horizon à la fois plastique et existentiel. Les images offrent un temps pour la mémoire un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer celles qui sont réduites à l’état de fantômes

 

 

Sacabo 2.jpgChaque photo est moins un faire part qu’un faire corps au sein d’une révolte contre l’oubli et l'incompréhension. La photographe exhume un petit traité de sagesse et de beauté presque hors temps sans ostentation et de manière elliptique. Chaque épreuve trouble le regard par une sorte de minimalisme où des délices suaves surgissent d'étranges fleurs nées d’une source d’inspiration ici discrètement militante. C’est une manière de lutter contre le temps et de forcer l’imagination du spectateur à imaginer autrement voire "mieux".

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Josephine Sacabo, "Moments of beings, A Gallery for Fine Arts", La Nouvelle Orleans, Chartes St., du 3 octobre 2019 au 4 jenvier 2020, "Structures of reverie", Luna Press, 2019, 60 p..