gruyeresuisse

26/09/2019

Leopold Rabus : remèdes à la passivité

Rabus bon.jpgLéopold Rabus, "Rencontres", MahN, Neuchâtel, du 6 octobre 2019 ai 8 mars 2020.

Antonia Nessi, codirectrice du MahN et commissaire de l'exposition a trouvé l'artiste idéal pour jouer de l'ancien et du nouveau et mettre en exergue à la fois l'oeuvre d'un artiste iconoclaste de premier plan et la revisitation des trésors du musée. En ouvrant ses réserves à l'artiste, s'instaure à la fois une rencontre pour beaucoup avec l'oeuvre et le dialogue que celle-ci ouvre avec ce que Rabus retient des collections du lieu.

Rabus 3.pngL'artiste réanime des clés intemporelles telles que le romantisme, la mélancolie, la nature, la peinture à travers les époques qu'il convoque en tant que paradoxal novateur au moment où une idée majeure émerge : l'art peut avoir raison du temps, mais comme si son dedans était le lieu de la plus grande absence.

Tout le travail de ce parfait irrégulier de l’art est empreint d’humour, de dérision mais aussi d'attention quasi filiale envers ses aînés. Nous retrouvons bien sûr les oiseaux chers à l'artiste dans ce qui n'est pas ici une simple parodie. Se crée un nouveau discours de et sur la méthode. Rabus incidemment met à mal la puissance charismatique et eucharistique de l'art tout en renouvelant ses potentialités.

Rabus 4.jpgCréer est donc pour Rabus une méthode critique qui à l’inverse de celle de Dali ne possède rien de paranoïaque. Ou - si elle l’est un peu - elle répond à d’autres exigences que celle du maître catalan (qui serait sans doute séduit par Rabus). Ce dernier oblige à repenser l'art et le réel. Clopin-clopant un sourire prend la bouche à mesure que l'artiste nous emmène dans son périple de Neuchâtel. Il donne forme au fond le plus profond du sans fond que certaines oeuvres empruntées pouvaient suggérer et que Rabus sort de leur état d'inappétence ou d'oubli.

Jean-Paul Gavard-Perret

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