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23/08/2019

Meng Yan à Lugano : traversée des portraits

Meng Yang.jpgMeng Yan, "Ritratti", Museo Casa Rusca, Lugano, du 4 aout au 15 septembre 2019.

Le Museo Casa Rusca de Lugano permet de découvrir le travail de l'artiste de Shangai Meng Yan. Est présentée une sélection des portraits de personnages célèbres - surtout du monde de l'art du vingtième siècle - créés ces dix dernières années/L'artiste revisite les idées sur de tels icones loin de toute caricature - bien au contraire.

Meng Yan 2.pngSont présents des portraits de Vincent van Gogh, Salvador Dalì, Andy Warhol, Marlene Dumas, Alberto Giacometti. Ils révèlent la vision d'une forme de réalité et de son ombre afin d'approfondir la jouissance esthétique loin de la simple légèreté ou "grâce". Il ne s'agit pas de se retrouver face à un "beau" que de tels idoles pourraient rameuter. Bref, Meng Yan rompt avec les visions traditionnelles.

Meng Yan 3.jpgIl propose dans un face à face avec des "monstres sacrés" de l'art un jeu de couleurs lié à toute une échelle des gris. Ceux-ci deviennent la marque de fabrique des portraits à l'aspect intense, surprenant et envoutant qui permet de réfléchir sur un en-deçà artistique et de suggérer ce que de tels artistes ont laissé pour nos sociétés mondialisées d'aujourd'hui. Ces "prises de vue" donnent à voir moins des héros de l'art que des êtres encore vivants et fragiles.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/08/2019

Bruno Botella l'alchimiste : abîme et existence

Botella.jpgBruno Botella, "Qotrob", Editions CAN, Centre d'Art de Neuchâtel, 224 p., 2019/

Bruno Botella cultive une recherche plastique singulière à travers divers moyens d'expérimentation. Dans ce livre-somme l'artiste en assemble une série. Celle des fragments relatifs à des philtres qui mixent intoxication et activité créatrice. Ils sont nés d’un texte historique : celui de Bertrand Thierry de Crussol des Epesses, sur la lycanthropie en Perse. Ce texte fondateur est reproduit en début d’ouvrage. Et un essai de Daniel Heller-Roazen, conclut l'ensemble.

Botella 2.jpgEntre ces deux pôles l'artiste développe ses "manipulations" tel un alchimiste de formes et de techniques. L'art apparemment n'est plus dans l'art - du moins tel qu'on le conçoit désormais. Et Botella de le prouver. Il reste un novateur et cherche à incarner ses images  par des technique de transgression comme et au besoin le dessin animé qu'il définit comme « un dessin sans papier autant, un film sans caméra ».

Botella 4.pngDans ce livre le plasticien revient  par ses projets à un psychédélisme hors de ses gonds. Il n'hésite pas à utiliser une pâte à modeler aux vertus hallucinogènes dont les molécules, absorbées par la peau, provoquent un état de transe. Il en découlent des "oeuvres-rebuts" en forme de sacs de pâte à modeler. Plus récemment il a conjugué l’utilisation d’une méthode de rééducation pour les personnes amputées et l’emploi d’une pâte anesthésiante travaillée à l’aveugle.

Botella 3.jpgTout repose sur des processus d’apparition et de disparition qui sont fondés sur des dispositifs aveugles. Ils visent souvent une apparition fugace. Obscurité, vue troublée ou empêchée sont ici à la fois la condition de tout conscience imageante sur un plan mental et perceptuel mais aussi de la révélation d'une forme de corporalité surprenante à la conjonction de l'ombre et de la lumière, de l'intime et du social, du bas et du haut. Ce travail de sorcier et de sourcier devient une expérience première et dernière entre ce qui tient de l’esquisse et de la totalité. Tout communique avec tout là : la notion de bord disparaît ou se multiplie en éclats.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:42 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/08/2019

Lucie Stahl : partir

Stahl.jpgLucie Stahl, Fri Art Kunsthalle, Fribourg.

 


Lucie Stahl travaille souvent à partir d’objets anodins  qu’elle numérise, imprime au jet d’encre puis recouvre de polyuréthane en une sorte de mise à distance picturale. Le scanner est ici un outil qui encode tout. Parfois aussi bien les doigts de l’artiste au travail que le volume.

 

 

stahl 2.jpgLa plasticienne révèle l’impact d’un monde en crise et encombré de productions manufacturées. Mais parfois elle ne se  contente pas d'un simple constat. Jouant d'une sorte de romantisme elle se permet - par exemple avec son "sailor" - de quitter le temps et ses processus d'asservissements pour un autre univers et ce, de manière allusive. Elle suggère, sans jamais refermer le sens, car le priver de son ombre serait le mutiler. En conséquence son marin n’est d’aucun lieu, il part.

Stahl 3.jpgL'artiste, comme lui, refuse de camper dans un seul "sac". Elle réanime l’envers de l'image - ce qui paraît être le travail fondateur de l'art d'aujourd’hui: nous aider à être au monde autrement. L’actuel, le nôtre, qui tel Kronos, n’hésite pas à manger ses propres enfants… Si bien que son marin cherche l’oubli dont il émerge et qu’il voudrait ramener comme un nageur ramènerait la mer.

Jean-Paul Gavard-Perret