gruyeresuisse

06/08/2019

Daniel Ziv : morceaux pour faire un livre

Ziv.jpgTout livre n'est que l'ombre de celui qu'il devrait être. Mais - Michaux l'avait compris - : tant qu'il bouge c'est bon signe. C'est comme si la fin ne connaissait pas de temps. Ici, Daniel Ziv ne propose du livre à venir que son ombre. Il lui donne bien sûr une forme (et pas des moindres) pour qu'il rentre dans le monde. "Ce n'est rien" bien sûr mais grâce à cette ombre d'un autre livre, d'autre chose "qui se retrouve dans la quatrième dimension, ce quelque chose n'étant que l'ombre d'elle-même dans la cinquième" et ainsi de suite, demeure un souffle, les histoires d'une histoire.

Ziv 3.pngExiste donc une pièce montée de morceaux habilement choisis. Fictions, scénari, fragments théâtraux deviennent des stations narratives à mi chemin de divers temps et en divers rhétoriques pour le remonter et le déphaser (d'où le sous-titre "28 août 2015-2012") entres des vies et des morts là où les vieillards - pour étreindre l'angoisse - retournent vers le passé. Demeure - au moins - l'espoir que les notions de passé et de futur, de cauchemar et de rêve deviennent le creux et la surface de l'écriture. Celle-ci se voudrait "machine intemporelle" (donc bien plus que l'ancienne qui ne servait qu'à remonter le temps) mais se révèle une "boîtes de sardines fictions".

Ziv 2.pngPour autant le jeu en vaut la chandelle. Puisque de fait c'est bien le "tout ce qui reste" qu'évoquait déjà Beckett. Preuve - et pour revenir à lui - que "quelque chose suit son cours". Ziv ramène donc à ce rien qui est tout. Et ce en remontant ou préfigurant des images sourdes. C'est peu diront certains mais l'auteur se serait contenter de moins. Pour autant il ne s'arrête pas en si bon chemin. Il s'agit de retenir la chanson de "zestes" tant que faire se peut. Jusqu'à l'épuisement final et dans la folie d'un croire, d'un entrevoir. Bref il convient de cribler la page d'un moindre inannulable avant que, en des fragments qui s'écourtent, les mots ne disparaissent et en reprenant là où le chantier reste encore provisoirement ouvert.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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