gruyeresuisse

17/06/2019

Andreas Becker : l'homme et la mère

Becker.jpgObéissant à des exigences interieures mais aussi "de terrain", Andreas Becker fait de la littérature moins une affaire de livre que de fable là où la violence du propos s'oppose à une certaine "mollesse" de son personnage. Pour se dire,  la langue se tord dans les corps déformés.

C'était le cas déjà avec "L'effroyable", "Nébuleuses" et "Gueules". C'est encore plus le cas avec "Ulla ou l'effacement". Un effacement paradoxal. Car le corps de la mère échoppe enflé et au bord de l'existence sur un canapé.

Becker 2.jpgCette mère n'indigne pas le fils ; il expose son corps loin de tout puritanisme ou confort. Obèse de ses renoncements la mère finit de se détruire. Le narrateur la décrit sans chercher à la mépriser ni à la purifier. Dans ses scansions il note cette déchéance là depuis toujours ; "au début et à la fin il y avait le fin, et après ça, ça était même pas le vide".

La mère continue de "se digérer", déchirée par les affres de son existence. Sur le "canapé vert bouteille" elle se liquéfie au nom des disparus qu'elle va rejoindre dans son agonie. Et Becker dit à la fois la chair mais aussi l'aura d'un corps dont les mots matières retiennent l'émotion .Celle d'une femme épuisée et qu'il tente de repriser.

Jean-Paul Gavard-Perrret

Andréas Becker, "Ulla ou l'effacement", Éditions d’en bas, Rue des Côtes-de-Montbenon, Lausanne, 2019, 64 p., 8 E..

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