gruyeresuisse

23/04/2019

Gaya Friedlender : anticipations

Gaya.jpgExposition Gaya Friedlender, La Menuiserie, Lutry, du 3 au 12 mai 2019.

"En peinture, c’est comme dans une symphonie, on n’a pas besoin de reproduire le son exact du ruisseau, il suffit que la musique l’évoque." "écrit Gaya Friedlender. Et pour atteindre cette musique elle avance dans le "noir" pour découvrir la lumière à mesure que son travail surprend sa créatrice elle-même.

gaya 2.pngDans la nasse de la peinture, l'imaginaire prend forme afin de saisir autant la peintre que le regardeur au delà de la conscience "sans aucune concession, sans aucune volonté esthétique". En un tel processus de création le pouvoir de l'image révèle toute sa force loin du rêve ou du symbolique.

Gaya 3.pngLe jeu du "je" de l'artiste fomente des images par une série de gestes. Ils produisent un spectacle fascinant et transformatif de ce qui est comme de ce qui nous échappe. Monte à la surface une sorte d'interdit : celui du "scandale de l'esprit" de Bataille, lorsque l'esprit est soudain mis en veille pour traquer ce qui n'existe pas vraiment - ou pas encore - en une sorte de prématurité au sein d'une motricité créatrice impressionnante.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/04/2019

Marta Bargman : histoire belge

Bargman 1.pngPremier long métrage de fiction de la réalisatrice documentariste belge  Marta Bargman, ce film en trois parties est une sorte de voyage plutôt réussi chez "ceux qui prennent des douches". Une Roumaine y rencontre un Belge et les aventures commencent même si l'épisode de la rencontre première et sa préparation reste la partie la plus intéressante d'une fiction pleine d'humour et attachante et qui évite le genre "feel-good" en dépit de ses désamorçages.

 

Bargman 2.pngSortant le cinéma du réel avec modestie, la réalisatrice crée un portrait au delà de ce qui pourrait devenir une histoire tragique à fort enjeux dramatique et naturaliste. Les deux personnages (la femme surtout - incarnée par Alina Serban)) l'emportent sur le reste et le contexte pour dégager le film des sentiers battus sur une échelle particulière et au cœur d'une complexité inattendues.

 

Bargman 3.jpgTout se décale par la présence même du corps de la prétendante d'abord effrayée par son futur mari (Tom Werneir) à visage inquiétant mais qui va se révéler un agneau. Le film ne bascule jamais dans le drame au sein d'une dimension fictionnelle où chacun arrive à se comprendre. Tout retombe toujours sur ses "pattes" en une superbe fin. Elle fait glisser dans une atmosphère étrange dénuée de tout commentaire superflu. L'émotion est forte et jamais surjouée.  Une frontière des marginalités se dessine en un exercice de nuances où tout est filmé au niveau des personnages. C'est du Pialat en plus enjoué là où une femme s'émancipe de manière habile, hors oecuménisme mollasson.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
"Seul à mon mariage", Marta Bargman
 

21/04/2019

Passages et paysages de Hélène Peytavi

Peytavi.jpgHélène Peytavi propose une réécriture d'un paysage frontière (entre la France et l'Espagne) d'après "l'Exode d'un peuple" de Louis LLech. Différentes strates de paysages et d'histoires se mêlent. L'artiste les associe aux photographies du temps qui passe et divers types de productions plastiques dans ce qui devient un paysage d'écho entre le passage des réfugiés espagnols au Perthus en 1939 et son œuvre.

Peytavi 2.jpg"Grains" est donc composé de photogrammes du film documentaire, de photos d'aujourd'hui, de dessins (papiers huilés et fusains) et de textes. Il s'agit non de prétendre reconstruire le visible mais d'analyser ses périphéries. Mis en récit le temps et l'espace sont revisités en un ensemble kalédoscopique. Le mixage ne se veut pas forcément un principe mais un fait qui s'impose en un tel projet et une pratique artistique, sans hiérarchie entre divers supports, manières et outils.

Jean-Paul Gavard-Perret

Hélène Peytavi, "Grains", Editions Voix (Richards Meier), 2019.