gruyeresuisse

02/03/2019

Deplacement

Deplace.jpgAngélique De Place a défini ainsi sa série : "L’Invisible est une série personnelle de mon expérience de l’endométriose. Diagnostiquée en 2017, cette maladie m’a coûté quatre interventions chirurgicales". Pendant ces mois d’arrêt, je m’efforce - quand mon état me le permet - de mettre en image la réalité de cette maladie invisible et si mal diagnostiquée. Mais il ne s’agit pas de moi". L'artiste témoigne en effet d'un mal qui touche beaucoup de femme mais reste inconnue et souvent mal diagnostiquée.

Deplace 3.jpgEt l'artiste de précise : "L’endométriose se révèle être bien plus qu’une question de santé. C’est une véritable question de droits des femmes". Dès lors la série devient un document. Mais la photographe a trouvé la force et la "grâce" pour suggérer la douleur, la fatigue, de dépression, l’anxiété et bien d'autres paramères intimes, sociaux et finenciers qu'entrainent cette maladie.Ici l'intime trouve, au delà du simple reportage, une manière de "déplacer" l'habituel "traitement" esthétique de la nudité et du corps de la femme.

Deplace 2.jpgCe récit du calvaire devient un journal sous forme poétique. Certes l'image ne sauve pas mais elle "dit" sans doute bien plus que les mots. Existe une radicalité, un «je traverse, j’ai été traversé ». Jaillit la présence d'une vie "matérielle" de l'angoisse, de la peur, du souffrir. Solitairement mais aussi solidairement. Il y a là un «Tout y baigne. C’est là que j’ai vécu» comme écrivait Duras. On peut y vivre encore ? Oui sans doute mais ce chemin d'exil n'est pas simple. A la douleur pas de réponses de cire, mais de circonstances. Une réponse militante. Là où certaines restent debout, d'autres couchées sur le flanc. Contre et face à la détresse de se perdre, il faut réapprendre à ouvrir les yeux, cesser de se taire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Angelique De Place, "L'invisible", http://www.angeliquedeplace.com

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