gruyeresuisse

24/02/2019

Caroline François-Rubino et John Taylor : crépuscules

Rubino top.jpgLa force des aquarelles de Caroline François-Rubino tient ici à leur espace entre le jour et la nuit, l'épanouissement et la fin, le ciel et la terre. Comme l'écrit le poète "une lumière (est) ourlée / de noir / quelle s'en soit la clarté". Certes Taylor écrivant ces vers parle de l'aimée mais Caroline François-Rubino trouve un moyen plastique aussi simple que génial de rebondir sur ce monde mental intense où la lumière est cernée d'ombre commme le bleu noir de blancheur.

 

 

Rubino bon.jpgL'artiste ignore le pittoresque dans ses divers jeux entre le ciel et la terre, le gel et le dégel, ce qui s'écrit et ne peut se dire ( mais que la créatrice complète). Elle a trouvé en John Taylor le partenaire de choix (et lui idem) pour évoquer le secret existentiel et son cycle. Le poète sait lorsque ses mots seraient superfétatoires et il laisse alors la place à l'aquarelliste. Sans rien égratigner du tronc des textes elle laisse tomber sur les feuilles des formes bien plus précises qu'incertaines. Douloureuses mais apaisantes, les gouttes de sang s'y transforment en effusion de rosée du soir.

Rubino.pngDans ce décalage ou plutôt cet exercice de parfait "repons" la parole comme l'aquarelle jaillit sans fard là où une forme d'impossibilité d'un dire (d'une part), d'une figuration (de l'autre) triomphent jusqu'à la chute ou à la délivrance afin que l'inquiétante étrangeté de l'amour et de la mort soit "cernée par le jamais et l'à jamais nulle part".

 

Jean-Paul Gavard-Perret 

John Taylor et Caroline François-Rubino, "Le dernier cerisier" (traduction de Françoise Daviet-Taylor), Voix d'encre, 2019.

 

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