gruyeresuisse

31/01/2019

Les si reines de Mirka Lugosi

Mirka.jpgFaut-il à tout prix maquiller et doubler par des coloriages intempestifs ce que Mirka Lugosi montre et offre ? Ce serait un sacrilège et reprendre à l'inverse le strip-tease du corps et de l'âme que la créatrice organise en des outrages dont elle garde le secret. Elle découvre le sexe comme un visage dans le sable à la limite de la mer à marée descendante. Le regard du voyeur vient s'échouer superbement sur la plage de telles épures en une ubiquité que les desssins portent en eux dans la sophistication et volupté volontairement surannées.

 

 

Mirka 2.jpgLe travail sacralise le corps féminin en le ramenant à sa fonction érotique. Bref Mirka Lugosi ne tergiverse jamais. Et ce sans la moindre condescendance ou mollesse qui concèderait   une portion - fut-elle congrue - à la morale. Le désir est moins de surprendre que d’approcher au plus près du corps en tant que sujet  ostentatoire suprême qu'il faut respirer. D'où la nécessaire transgression qui passe toujours par cette théâtralité de la théâtralité afin de faire surgir une autre vérité ou plutôt une autre vénération.

 

Mirka 3.jpgMirka Lugosi détourne par ses sirènes terrestres des images préfabriquées. Et si elle enveloppe ses "héroïnes" fragiles dans des déshabillés démodées, c’est pour mieux saisir leur beauté qu'il faut regarder sans gêne selon l'ordre implacable des voyeurs (et de quelques héros esquissés dans ces deux livres) aux aguets et trouvant là leurs cieux. Mais Mirka Lugosi est toujours plus intelligente qu'eux. Elle s'en joue : soit elle leur ferme les yeux, soit l'Eurydice les renvoie à leur stade infantile en leur offrant des livres à colorier...

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mirka Lugosi, "Depraved housewifes'", 2 livres de coloriages, Derrière la Salle de Bains, Maison Dagoit, 2019, €12.00

Pauline Rousseau : Je qui ça ?

Pauline-Rousseau.jpgPauline Rousseau semble revenue de tout (ou presque) : "Après cinq années d’études supérieures et de jobs étudiants, des centaines de curriculum vitæ envoyés (...) ma capacité à faire semblant s’est sérieusement étiolée." Pour se venger la photographe a inventeé un diverstissement et une dérivation : "les objets mis en scène dans cette édition constituent une collection d’objets que j’ai subtilisés dans les différents endroits où j’ai pu travailler.Aucun problème de kleptomanie me concernant, je n’ai d’ailleurs jamais volé dans un endroit où je ne travaillais pas."

Pauline-Rousseau 2.jpgCette entreprise plus compensatoire que conservatoire devient un petit traité de l’art. Face au sacré accordé aux images Pauline Rousseau propose une déviance ou une réinterprétation du geste créatif. En feinte d’osmose avec le grand art, la photographe - plutôt que cultiver ses affres - lui accorde de bons coups de pieds de l’âne. Néanmoins la volupté demeure au côté d’une ironie coruscante. Pauline Rousseau s’amuse tout en donnant de subtiles leçons d’interprétation. Le léché se déplace au profit d’autres ardeurs: celles d’exigences iconoclastes.

Pauline-Rousseau 3.jpgLes cordages sont dénoués dans ces face-à-face qui ouvrent le nacre de coquillages d’où jaillissent des flots vivifiant. Ironisant sa propre image - sexy au demeurant - la photographe s’en amuse non sans gravité. Elle disloque les rêves ineffables du conditionnement social. Loin du scandale elle propose ses interventions et ses combats jubilatoires. Elle entre en résistance contre l’ennui au moyen de ses partitions visuelles. En sa corolle et taille de guêpe la fourmi dépitée se métamorphose en cigale joviale.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Pauline Rousseau, "Délits d’objets", Galerie Dilecta Paris, du 26 janvier au 23 février 2019. Lors de cette exposition un livre d’artiste sera publié en édition limitée.

30/01/2019

Michel François : brisures et convictions

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Michel François, Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 23 février 2019.

 

Michel François vit et travaille à Bruxelles sa ville natale. Sa reconnaissance est internationale. Il est exposé dans le monde entier et fit sensation dès 1992 à la "Documenta 9" puis à la 48 ème Biennale de Venise où il représentait son pays. "Plan d'évasion" (2009) organisé par le S.M.A.K de Gand et l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne fut l'occasion de sa première exposition monographique et rétrospective. La galerie Mezzanin rend compte de la richesse d'une telle œuvre.

François 3.jpgL'artiste emprunte un grand nombre de médiums (photos, installations, sculptures, vidéos, etc.) et de nombreuses matières même les plus improbables : pissenlits, cactus, éponge, eau, verre, briques, encre, etc.). Sous l'apparent éparpillement il invente divers types de réseaux, échos, correspondances. Michel François sait jouer de l'ellipse formelle (pour évoquer par exemple la prison) mais il sait tout autant et de manière explicite créer des visions précises (cube de verres aux parois brisées dans "Pièces à conviction, Pavillon brisé").

François 2.jpgLa sculpture et la mise en espace lui permettent de présenter divers types de figurations comme avec ses "Scribbles" dont les embrouillaminis représentent ce qu'il nomme de « gigantesques monuments à la rature ». Tout dans l'oeuvre est dynamique, cabossé ou à l'inverse longiligne et en constante transformation ou énergie là où l'aspect muséal est remplacé par la force du vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret