gruyeresuisse

31/12/2018

Extension de la lutte féministe - Josephine Sacabo

Sacabo.jpgAvec "Tagged" Josephine Sacabo crée une autre vision des injustices subies par les femmes. Elle y inscrit à sa manière "je ne suis pas cette femme" - à savoir celle qui est réduite à une chair ou surface aux fantasmes. Face au graffitis chargés d'insultes misogynes et les opposant à des images "sexy" elle crée une confrontation communiquante. Ce que le texte pose, l'image le dépose et vice versa. Et ce pour une cause commmune et une annulation de la bêtise stéréotypée que les deux contiennent.

Sacabo 2.jpgDevant et pour celles qui restent la cible de la rage et de la frustration exprimées par des injures gratuites l'artiste réagit. Ses montages saisissants, surréalistes empreints d'une indéniables beauté n'ont rien de passifs. Ces photographies ont été présentées dans des expositions (galeries et musées) aux États-Unis, en Europe et au Mexique où l'artiste vit une partie de l'année. Elle prouve comment une image parle un texte et comment le second montre la première pour souligner la nuit dans laquelle l'évocation des femmes baigne.

Sacabo 3.jpgPlutôt que de subir l'offense faite aux femmes Josephine Sacabo fait jouer textes orduriers et images de volupté supposée. Les deux sont chiasmés l'un sur l'autre. Ou bien le texte se distingue au fond de l'image ou bien elle se distingue entre les lignes des slogans. L'image scintille et le texte rend un son mat. L'image est muete et le texte grésille. Chacun est à la fois le distint et l'oscillant de l'autre afin de prouver un pouvoir masculin abusif et la superficialité des représentations dites de charme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Josephine Sacabo, "TAGGED", A Gallery For Fine Photography, 241 rue Chartres, La Nouvelle Orléans, jusqu’au 12 janvier 2019.

30/12/2018

Quand la ville bouge - Gwyneth Baines

Gwyneth.jpgGwyneth Baines suggère combien il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin le paysage et le portrait. Le premier ne se contente plus d’être le territoire de l’illusion sur laquelle du leurre vient se poser. L'artiste "déplace" les rues en ses propres transversales et un bouillonement de lignes. Avec sa série "Factory" elle soulève la surface afin de l’ouvrir à une autre dimension plus complexe. Contre le simple effet de pans surgit  un espace hérétique dans laquelle la ville bouge.

 

Gwineth 3.jpgDessins, peintures ne sont plus là pour faire passer du fantasme à son reflet imité. Tout est en tension, mouvement et poésie. Là où le temps semble arrêté émerge moins une mélancolie  qu'une révision des "décors urbains" défaits et reconstruits. En de tels paysages existe une condition de principe : une absence de toute présence humaine car elle génèrerait pour elle même un autre sens aux oeuvres. Nu, le paysage parle de et pour lui-même. L'artiste en chasse ceux qui se prennent pour ses déesses ou ses dieux.

 

Gwineth 2.jpgCe qui n'empêche - ailleurs, à savoir dans les portraits - d'accorder une épaisseur présentielle au corps érotisé et voluptueux. Il éclabousse d'aube dans sa maturité. Entre d'une part itinéraires urbains scellés d'absence et d'autre part la corporéité fabuleuse se crée un face à face sans interférences. D'un côté la cité ignore l'herbe comme l'être, elle opte pour l'architecture, de l'autre la forme charnelle est convulsive. S'y révèle dans les deux cas une écriture plastique à l'indéniable originalité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gwyneth Baines, "Perspectives", Espace Vaugelas, Aix les Bains, du 7 janvier au 16 février 2019.

 

Jan Van Imschoot : c'est là que nous vivons.

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Jan Van Imschoot dans ses fantasmagories picturales fait preuve d'intransigeance et d'autorité. Son geste se veut baroque et anarchiste. Mais l'érudition nourrit un imaginaire encore plus conséquent. Jaillit un monde stupéfiant, bizarre, insolite qui remplace l’occultation par l’occulte.

 

 

Imsshot 2.jpgFace à la médiocrité de notre monde l'artiste offre une forme de surréalisme (belge donc le seul) fait d’une liberté de circulation dans les cultures oubliées ou reconnaissables ((Tintoret, Goya, Tuymans par exemple). L’artiste reste un insurgé. Il ne brûle pas de faire carrière dans la peinture mais dynamite tout ce qui existe autour de lui, autour de nous.

 

 

Imsshot.jpgDivers types de fièvre ou d'attententes animent sa peinture violente par ses couleurs et les mouvements de personnages. Rien de ce qu’on voit habituellement n'est sous les yeux. Pourtant dans ce monde le regardeur mord en de telles images qui lui font face et le toisent. S’y développent des dérives qui ne se peignent nulle part ailleurs. L’inconnu laisse sa trace sur la banquise brûlante d’une utopie que l’œil n’arrête pas et que le geste crée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jan Van Imschoot, "Amore Dormiente", Templon, Nruxelles; du 10 janvier au 23 février 2018