gruyeresuisse

29/12/2018

L'expressionnisme de Dietlind Horstmann-Köpper

Dietlind.jpgQue devient le portrait dans la peinture de Dietlind Horstmann-Köpper ? Un agglomérat de couleurs, des corps abandonnés dans la lenteur des âges et parfois en un mixage du temps humain (ou animal) : sur un corps d'enfant est monté un vieux visage. Chaque portrait devient une frontière où se brise l'apparence "réelle" là où s'entrouvre un mortier d'atomes qui renvoient à divers domaines : celui des bordels, celui de la nature dont l'artiste offre quelques paysages arborescents dans un clavier de couleurs. Il ne rythme pas forcément une clarté mais des lueurs plus éteintes.

Dietlind 2.jpgQuant aux corps, leurs jambes paraissent parfois courtes et épaisses, parfois et à l'inverse extensibles, des nus masculins transforment les faunes en boucs au milier d'une animalerie où les couleurs s'inversent : le bleu du ciel est en bas du tableau et le rouge tellurique en haut. Une femme dite de joie, le soutien-gorge dénoué, est drapée du seul tégument de sa peau - non pour déguiser ou travestir le réel mais le mettre encore plus à nu.

Dietlind 3.jpgC'est la fin des idoles ou de l'idolatrie : Dietlind Horstmann-Köpper ne divinise rien sans pour autant caresser le désir d'humilier ses modèles. Elle ne fait que sortir le regardeur des postiches par une "vérité" d'incorporation. Elle le saisit par surprise. L'artiste crée un écart par son langage plastique aux éclats fascinateurs. Le génie n'est plus la norme mais sa profanation afin de donner aux êtres anonymes une noblesse paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dietlind Horstmann-Köpper, "La vie selon Dietlind Horstmann-Köpper", Galerie Ruffieux-Bril, Chambéry, du 17 janvier au 23 février 2019.

 

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