gruyeresuisse

09/12/2018

Philippe Denis : le possible et après

Denis.jpgPhilippe Denis n'appartient pas au cercle des poètes qui s'attardent et délayent. Il a mieux à faire : se battre avec le temps au moyen des mots qui nous restent. Chez le poète ils ne sont pas nombreux mais il pourrait encore se contenter de moins. De peur qu'en barattant nos baratins il arrive que "Dans nos sauces mnésiques – / le temps se ravise, /la mort s’acoquine avec le premier venu." Et celui-ci nous ressemble de plus en plus. Mais, comme nos mots, nous le déguisons.

Et ceux que nous choisissons pour que nous soyons encore lucides et momentanément sauvables, Denis les coule au lieu de roucouler. Il les faudrait de plus en plus indifférents et beaux comme ces hommes blonds sans imperfection ou ces femmes aux jambes longues qui semblent ignorer tout ratés de l'existence. Bref il nous faut de tels mots afin de nous faire croire que tout s'arrange.

 

Denis 2.jpgDu moins que la probabilité de l'interaction masque le peu que nous sommes au sein   du temps qui nous reste. Dès lors que demander de plus à la poésie ? Elle ne recherche pas la théorie des intégrations téta. Il suffit que grâce à elle nous tenions encore sur ses iambes. C'est une manière comme l'écrit Denis de "substituer de l’éternité fugitive à de l’éternité tout court" et de casser notre futur mutisme en produisant un écho à notre inanité et "d’en faire resplendir la verdeur. "

Jean-Paul Gavard-Perret


Philippe Denis, "Pierres d’attente", La Ligne d’ombre, 2018, 58 p., 10 €.

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