gruyeresuisse

24/10/2018

Serbe Labégorre : la volupté acerbe des fantômes

Labegorre 3.jpg

Serge Labégorre ne se contente pas à travers ses portraits de rendre obsédants les vieux fantasmes et des hantises qui brûlent du feu de l’enfer des sens. Le paradis lui-même est incendié à travers ceux qui le représentent sur terre. Eros reste néanmoins souvent le maître des images. Mais que celles et ceux qui veulent se rincer l'oeil passent outre.

 

 

 

Labegorre 2.jpgNul besoin de pratiquer l'hyperréalisme : il "suffit" de traiter le corps à la serpe à travers des couleurs sursaturées pour faire saillir des personnages limites. L'artiste cultive à satiété le « mauvais genre » même si a priori celui-ci semblait être le bon. L'incarnation est grevée de fêlures et d'éboulis sans le moindre repentir. Cela rapproche d’une esthétique hard-core quasi sanguinaire (par les taches de vermillon) mais esthétisante à souhait pour secouer les myopes.

 

 

Labegorre.jpgPoupées brisées, personnages en déliquescence sont le fondement d’une esthétique volontairement et insidieusement drôle. Elle se combine à un propos narratif dont la «leçon» reste en suspens. Labégorre ne montre jamais simplement la femme dénudée, offerte et exposée comme soumise à des lois de la pesanteur. Les modèles ignorent le sourire et semblent se demander ce qu’ils font là. Chosifiés, provocanteurs, mélancoliques ou effrayants les portraits n'ont rien de préfabriqués. Ils viennent percuter les murs de la mémoire d'une présence ravageuse et aigue. Elle s’enfonce jusque dans les arcanes de l’étrange.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les commentaires sont fermés.