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20/10/2018

Nicole Miescher : mémoire et attente

Miescher.jpgNicole Miescher, « Siberien », Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 7 septembre 2018 au 8 janvier 2019

Nicole Miescher fait entrer dans des espaces où la solitude (comme la proximité d'ailleurs)  n’a rien de glorieuse lorsqu'elle n’est pas choisie . L’artiste entraîne non vers un monde plus sûr mais vers celui qui plombe. La forêt substitue au temps son absence en une interminable traque. Créer revient à  se livrer à cette fascination de la perte. Ce qui prouve d'ailleurs que « faire » ne sauve rien mais enfonce, pique à la solitude en croyant sauver ce qui ne peut l’être dans un ailleurs qui est aussi un ici. L'art n’a plus de certitude ou de prise mais sans doute conserve l’espoir d’anticiper sur ce qui échappe et échappera toujours jusqu’à l’épuisement. Nicole Miecher au sein de la fixité fait le pari d’un "cela n’a jamais eu lieu encore" même s’il n’existe jamais de  première fois, même si tout recommence indéfiniment.  Reste entre les arbres et l’hiver un creusement sourd qui rappelle implicitement des connotations historiques. L’absence est donc l’affirmation de l’art mais en même temps il affirme une émergence là où l’insaisissable fait aussi le jeu de l’"indessaisissable" - l’inaccessible. La créatrice ne cesse de chercher ce  qu’elle ne peut prendre, mais seulement reprendre ou essayer de toucher dans l’espoir d’un sens à jamais perdu au sein de l’énigme.

Jean-Paul Gavard-Perret

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