gruyeresuisse

16/10/2018

Hannah Villiger : damiers

Villiger bon.jpgHannah Villiger, « Block I, » Bild des Monats, Aargauer Kunsthaus, Novembre 2018.

Après des études en sculpture à Lucerne Hannah Villiger s’est concentrée uniquement sur le médium photographique. Elle l’utilisa pour montrer de manière fragmentaire, en « morceaux » et dans des montages concomitants son corps nu en damier. Toutefois ce travail se dégage de toute propension égotique et même érotique. Son corps devient anonyme. Dans ses prises le visage est exclu : elle ne pratique ni une stratégie psychologisante ou identitaire.

Villiger 2.jpgHannah Villiger demeura « sculptrice » dans ses clichés grand format afin de révéler la puissance du corps. Cassant les codes, « coupant » le corps du fantasme, les photographies créent un univers visionnaire et annonciateur d’une esthétique postmoderne  mais qui reste peut réceptrice à l’époque à la question du genre - même s’il est suggéré par la bande. L’artiste refuse de retoucher le corps. L’être dans la fixité de la photographie est rendu à sa nature énigmatique ironisée dans une suite d’immobilisations ou le dessus n'est pas forcément à sa place et le dessous idem. 

Villiger 3.jpgCette fragmentation ne rapproche pas du corps : elle nous en éloigne sans savoir vraiment de qui est ce corps et que fait-il.  En tout état de cause la nudité dans sa marqueterie reste un masque. Si l’image crée un miroir celui-ci est l’image de la première. Comme si parfois il fallait renoncer à savoir ce qu'il donne et produit. Parce qu’il y a une erreur en son "fond". Et une autre à la surface. Mais ce fut la manière pour la Suissesse de creuser le réel et le songe comme des continents. Dans de tels  chemins existe une présence énigmatique dont le regardeur se demande quoi faire sinon retourner à sa propre histoire et peut-être à sa nuit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les commentaires sont fermés.