gruyeresuisse

30/09/2018

Terry Rodgers : mixed up confusion

Rodgers 2.jpgTerry Rodgers partage sa vie entre Washington, le Massachusetts, et l’Ohio. Le monde de l’art l’a découvert en 2005 au « Art Basel ». Il est depuis exposé dans le monde entier et en Suisse au Kunstmuseum Bern et au Zentrum Paul Klee. Dans ses œuvres il montre tensions et confusions en dénonçant par ses propres assemblages combien l’imaginaire est le produit de l’influence des médias qui trompent le regardeur. L’artiste le leurre lui-même en juxtaposant des scènes glamour mais néanmoins le but est de montrer combien nous sommes vulnérables à de telles visions pratiquement « hors sol » pour la plupart d’entre nous.

Rodgers.jpgCes images ne sont en rien des instantanés ou les tranches de vie, mais plutôt une dissection de ce qui nous fascine mais qui est discordant par rapport à qui nous sommes. Bref l’artiste pratique un décalage subtil, une discordance où il ne s’agit pas de se faire prendre par une vision première.

Rodgers 3.jpgLe monde du paraître se déglingue pour sonner mâtine lors dès l’érection de nuits chaudes de divers « parties ». Il y a là des femmes au physique d’exception mais une certaine déréliction est omniprésente. Nulle gaieté en de telles épopées qui deviennent dérisoires et empreintes de vacuité d’une forme d’illusion suprême où le - suave devient farcesque en des chansons de gestes pleines d’embrouilles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les œuvres de l’artiste sont visible à Aéroplastics (Bruxelles)

 

 

29/09/2018

Jason Bard Yarmosky : avec le temps

Jason Bard.jpgJason Bard Yarmosky a commencé à dessiner très tôt. Il a désormais à peine plus de trente mais il s’intéresse aux manifestations du vieillissement. Il montre - à travers sa relation avec ses grands-parents âgés de 88 ans - la complexité des transformations physiques et psychologiques endurées par ses proches de manière intense et parfois ludique même si la gravité de diverses pertes nimbent ce travail.

Jason Bard 2.jpgLes postures - même sous le grimage et certaines extrapolations visuelles - traduisent des états existentiels. La vieillesse est montrée sans sourire (même si un humour demeure) afin de souligner bien des altérités au moment où les corps semblent avoir du mal à exister et sont sur le point de mourir d’une vie désormais inquiète et éperdue.

 

Jason Bard 3.jpgL’artiste capte le mystère et les échos existentiels qui demeurent attachants voire poignants et qu’il tente de retenir et d’animer. Quelques chemises ou panoplies maquillent les peaux nues de celle et celui qui, une araignée dans la tête, font leur cinéma en jouant les héros - Superman ou Wonder Woman - décatis. Ils s’amusent encore et c’est tout le mal que l’artiste leur souhaite. Reste la façon la plus probante de les porter aux nues et de se souvenir que si nous les croisions dans un building de Manhattan nous serions fascinés par leurs élans qui perdurent

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/09/2018

Rémy Disdero : à feu et à "sans"

Disdero bon.jpgEst-ce où finit le ciel que commence la terre ? Pour sûr c'est en elle que son bleue se noie. Si bien que l'appeler planète d'une telle couleur reste une vue de l'esprit sauf peut-ête pour les cosmonautes en partance vers l'ailleurs. Sur elle Remy Disdero fait pleuvoir des mots en gouttes de nuit. La neige elle-même y semble sale. Le corps du temps s'y recourbe et parfois vibre de fragments de foudre. Des soifs voudraient écrire des sources pour nager vers l'arbre-prière sur la brise des échoués. Mais ne reste au bas de la ville "que le froid de la nuit qui vient à ronger les peaux des clochards".

 

Disdero bon 2.jpgLe sommeil n'est plus - sinon le grand. La terre n'est que désordre. On voudrait croire à des destins adoucis mais le poète et artiste Rémy Disdero est trop lucide pour ça. Même les petits bonheurs ne viennent plus de la nature. Celle-ci tourne à un certain désastre Peu de princesses de l'azur : dans le puzzle humains beaucoup de pièces sont noires. La paix est rarement au rendez-vous là où les chiens rodent. Difficile pour le poète qui a connu bien des galères de retrouver l'enfant qui sommeillerait dans chaque pli de sa peau vieillissante. Les perdants ne sont plus magnifiques : l'homme est le peu qu'il est avec son corps "en plâtre mou" et son nez d'alcoolique. Chacun est un bout de bouc. Le poète compris. Avec son goût de pas encore, de désaccords et de déjà tout.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Remy Disdero, "Oaristys et autres textes", Ediutions Cormor en Nuptial, 128 p., 2018.