gruyeresuisse

31/08/2018

Les jeux de l’amour et du hasard de Maurice Renoma

Renoma bon.pngEternel flâneur des rives du monde - des remblas de la Havane à ceux de Barcelone, - Maurice Renoma est poursuivi par l’idée de la femme (ce qui ne fait pour autant de lui un amoureux platonique). Au crépuscule il descend de son appartement ou de son hôtel, erre dans les quartiers interlopes à la recherche du rythme des courbes et des creux de silhouettes féminines même si souvent elles se cachent sous un manteau noir. L’artiste subodore à juste titre que dessous il existe une robe étroite et courte. Et au-delà une nudité - promise ou non.

Renoma 2.pngAu besoin le photographe l’invente mais en sachant la cacher comme si l’aveuglement risquait d’être trop fort. Mais quand les poses de la femme ne suffisent pas c’est lui qui détourne de manière brute au numérique les données immédiates de celles qui montent des escaliers, ne sont insensibles ni aux bars de nuit, ni aux églises. Elles aiment les lieux où l’on se glisse et se cache. Elles aiment les grands miroirs. Renoma leur propose en galopin toujours vert, en artiste confirmé.

Renoma.jpgIl sait suggérer un souffle sur une nuque ou juste sur les reins avant qu’une croupe se scinde. De telles femmes n’auraient qu’un geste à faire pour tirer des diables par leur queue. Mais qu’en feraient-elles ? Renoma se garde de répondre. Mieux : il les tire hors du temps pour leur accorder une éternité provisoire. Avec gravité ou humour la photo promet et promeut ce que jours et les nuits dissipent dans leurs courses impitoyable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Maurice Renoma, « Maurice Renoma fait son cinéma », Galerie Rauschfeld du 10 octobre au 3 décembre 2018.

Le roman sous bonnet d’âne – Francisco Meirino

meirino.pngFrancisco Meirino, “Infernal à l’intérieur”, Editions Ripopée, Nyon, 2018

“Infernal à l’intérieur » est une histoire écrite par la réduction de pages complètes d'un roman aléatoire au moyen d’expressions simples. L’auteur et musicien invente une sorte d’écriture automatique et en collage qui tient d’une poésie abstraite (et quasi acoustique) qui évoque un abrégé tragique d’une histoire de famille, de séparation et de mort dans les boucles de temps.

meirino 2.pngLe créateur poursuit son goût pour les modifications, les filtres ou extraits qui semblent tirés d’un contexte énigmatique pour obtenir une telle substance suffisamment abstraites pour transformer le romanesque et obtenir une forme de « véda » plus ou moins chamanique. L’espace de la page « normale » est inversée : le fond est noir, le texte y apparaît en insert dans ce qui tient d’un réductionnisme un rien « punk ».

meirino 3.jpgC’est aussi une manière de cultiver certains fantasmes mais aussi de les électrifier ou les court-circuiter dans ce qui tient d’un condensé de Bukovski mais en moins dépressif. Comme lui il cultive le vrai du faux et affirme que l’art et la littérature ne servent à rien. Ce qui ne l’empêche pas de s’empresser de les transformer en termes addictifs tout en continuant à désobéir aux règles.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/08/2018

Luminescences et traversées : Caroline Tapernoux

Tapernoux.jpgCaroline Tapernoux, « Luminances », Galerie Andata - Ritorno, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018/

Ce n’est pas une pensée qui nous porte vers l’ombre et la lumière mais les images primitives et sourdes de Caroline Tapernoux. Avant d’atteindre le néant – ou ce qui se cache derrière - il faut que nous parvenions à les retenir. Seul cet assouvissement aura gage de notre vérité. D’autant que, pour nous sauver provisoirement, la plasticienne propose un flux persistant pour la dispersion insistante au sein du mouvement de la traversée. Nous ne pouvons rien faire d’autre que de nous laisser glisser. Nous ne mettons plus d’ordre, nous entrons par le mouvement des formes vers ce meilleur et inamusable moindre.

Tapernoux 3.pngL’espace se divise en deux pans : D’un coté l’ombre, de l’autre des banquises lumineuses en débâcle. Le lieu devient celui d’un chaos organisé d’agrégats aléatoires est baignée d’une clarté de limbe. L’espace est pris à contre-jour. Sommes-nous au Paradis ou déjà en Enfer ? Pour l’heure le suspens reste possible. Demeurent ces vagues rigides qui enflent puis, se retirant parfois, laissent un espace pour le glissement, la dérive ou la remontée.

Tapernoux 2.pngL’image est aussi nue, diaphane (presque irréelle) que métaphorique. Il s’agit d’une île. Pas n’importe laquelle : l’île d’Elle. Il s’agit de s’y perdre pour l’amour du mystère. Mystère veut dire mystique, mystique silencieuse. Partager son secret exige de garder le silence. Parler éloignerait toute sensation.

Jean-Paul Gavard-Perret