gruyeresuisse

30/08/2018

Les autos immobiles d’Eric Coisel

Coisel 2.pngA travers la haie, à travers la portière ouverte on voit un verger abandonné qui seul se souviendra de socquettes roses autour de deux chevilles fines sur un marchepieds. Mais ne restent désormais que des auto immobiles que Coisel photographie au milieu de ronces qui éventrent l’air. Nous pouvons imaginer encore le bruit des moteurs qui se propageait en cascade.

Coisel 3.jpgÇa et là un tableau de bord est encore intact. Les branches le contemplent, contemplent le skaï de ses sièges éventrés qui peuvent encore servir de nid - mais plus aux amoureux. Indifférente à tout, la voiture a échappé au peloton du trafic pour rejoindre l'amoncellement des buissons. Un chat errant s'y réfugie parfois pour dormir un moment sur le siège du mort, là où on voyait les cuisses d’une femme sous une jupe étroite qui s'arrêtait aux genoux.

Coisel.pngDésormais les oiseaux ne peuvent même plus suivre la découpe du décolleté qui arrondissait les deux seins de celle qui fut une passagère. Elle a disparu du vaisseau qui rouille au milieu de la verdure. Des éraflures marquent les hanches du véhicule dont les roues ont été volées. C'est là où la rosée insiste. C’est là où sous le ciel plombé que la voiture attend l'orage qui s'approche. Désormais elle ne peut plus porter son poids qui la dépasse. Elle semble ingénue et n'a rien à offrir qu'un franchissement inutile. Reste le bruit des grillons qui efface les mots et le silence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Eric Coisel, « Photos mobiles – Voiture au point mort », Librairie l’Esperluète et Le Pont des Arts, Chartres, 8 septembre - 23 novembre 2018.

Commentaires

Au poids des mots Eric Coisel préfère le choc des photos . Intéressantes visions dépoitraillées qui laissent l'imaginaire libre de toute interprétation . Cf JPGP .

Écrit par : Villeneuve | 30/08/2018

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