gruyeresuisse

09/08/2018

Odile Cornuz : musique de chambre

Cornuz bon.jpgOdile Cornuz, « Ma ralentie », Editions d’Autre Part, Genève, 2018, 160 p., 25 CHF.

Un poème de Michaux est à l’origine de ce beau livre. L’auteure le métamorphose pour une autre présence, une autre « expérience » de l’intime et d’une forme d’érotisme en vadrouille à l’intérieur de la vie. Le chant des images remplace le simple logos à mesure que le livre devient la didascalie du silence et pour mieux l'exhausser à l'approche d'un sommeil retardé – car il y a mieux à faire : à savoir se laisser emporter.

Cornuz bon 2.jpgApparaît un lieu de ou des amours. Celles-ci demeurent la chose la plus rare et la plus mystérieuse qui soit. Ce qui remonte, proche du silence, devient pourtant plus strident qu'un cri. C'est le paradoxe d’une œuvre où le silence parle encore le silence. Et Odile Cornuz va à l'extrême du soupir, en un lieu où l’image, tel un fantôme, ramène aux ombres « portées ».

 

 

Cornuz bon 3.jpgLa femme s’abandonne en un mouvement de désir proche d’une inertie néanmoins confondante. C’est là l'originalité de l'Imaginaire d’une telle créatrice. Entre émergence et engloutissement se crée une musique de chambre. Odile Cornuz soulève le voile - mais juste ce qu’il faut - sur un mystère qui néanmoins reste entier. Tout ce qui peut se dire tient à la surprenante puissance d'effacement là où pourtant l’art reste de l’image avant toute chose. L’œuvre possède quelque chose d'impalpable riche d’une vérité fondamentale où la créatrice glisse dans ses tréfonds mais – et tout autant - à peine à peine. Preuve qu’il n’existe là non une autofiction mais une fable existentielle là où un fantôme oppose sa densité au glissement du temps. Entre un "qui je suis" et un "si je suis".

Jean-Paul Gavard-Perret

Les commentaires sont fermés.