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07/08/2018

Du bon usage du fragment : Laurent Cennamo

Cennamo.jpgLaurent Cennamo, coll. « Soleil Noir », Editions Bruno Doucey, 2018, 112 p., 14 E.

Il existe chez le Genevois Laurent Cennamo une capacité à revisiter le passé par l’usage du fragment pour revenir sur des points aussi saillants qu’infimes. De ces notes très furtives l’auteur se fait moins cancre le long de sa route que releveur des germinations. Elles firent qui il est, elles font ce qu’il sera. Un mot, une œuvre, un visage, une rue retraversent sa vie en une suite de « laisses » ou de liasses. Le poète propose ses moments délicieux et les sensations qu’ils offrirent. Elles demeurent intactes sans qu’une telle évocation crée une déception par le fait du temps révolu.

Cennamo 2.jpgAvec un lyrisme contenu – même dans sa fugue pour Saint-John Perse- le poète avance dans sa quête à travers ce courant du passé qui ne retarde en rien le passage du temps mais fait savourer ce qui fut dans des haillons comme dans des images de Morandi. Un flot d’extases sommaires ou plus longues crée un courant salvateur de nombreuses lueurs d’émotions, de corps, de lieux presque paradisiaques là où l’Italie (mais pas seulement) reste souvent un havre de grâces et de troubles. Il remonte en surface comme des fresques sauvées des murs du temps passé dont l’auteur fait son musée.

Cennamo 3.jpgLes curiosités passées de l’auteur ouvrent encore son regard débordant d’encre noire. Il reprend son métier de vivre chaque jour pour respirer son air. Son itinéraire est nourri des éblouissements premiers : ici nul manque de mémoire qui rendrait l’homme de glace. Au contraire il « se réfléchit » à tous les sens du terme dans ses âges languissants où le cœur s’ouvrait à des palpitations dont le sens ne parut parfois que bien plus tard. Si bien que le langage de tristesse se métamorphose au souvenir de « Cronaca di un amore » d’Antonioni comme d’une Deborah enfant à l’état de diamant brut ou encore d’un match de football qui venait casser le purgatoire de l’école, du mot « kirsch » sous l’égide de Kafka, du Paon de Fellini ou encore de Saint-John Perse qui clôt ce livre plus solaire que noir.

Jean-Paul Gavard-Perret

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