gruyeresuisse

30/07/2018

Michel Bonnafous : Les Jocaste et les autres

Bonnafous.png

 

Les photos de Michel Bonnafous sont des pensées existentielles en forme de point d’interrogation. La lumière caresse de dos ou de face des personnages qui se contentent de scruter l’absence au sein de « choses » vues mais demeurées vacantes là où n’existe que le lieu du lieu.

 

Bonnafous 2.jpgNe subsiste de la maison des rendez-vous, de la plage ou de la rue que leur décor. Le corps y est en transit et interroge notre part d’humanité et de mystère. Pas de place pour le hasard dans des narrations englouties dans un certain néant. Michel Bonnafous interroge les visages, les choses ou quelques paysages dont émerge une interrogation sur le temps et sur l’espace, sur l’étrangeté de notre nature humaine, nos filaments charnels et les instants où les âmes des corps et du décor créent bien des doutes.

 

 

Bonnafous 3.pngDemeure une présence obsédante et presque obsédante où le rêve à moins que ce soit le cauchemar n’est jamais loin. Mais il est en transit dans un lieu de silence. Chaque prise est un bloc d’espace et de temps. La photographie permet de voir l’invisible, d’accéder à la texture du temps, aux trainées de lumière des corps comme des ombres négatives. Des âmes traversent leur Styx pour retrouver l’attente en lieu et place de la présence.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:22 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

29/07/2018

Les parousies de Marie-Laure Dagoit

Dagoit.jpgMarie Laure Dagoit aime jouer avec ses mots et ses images comme avec ceux et celles des autres. Fidèle à ses parousies, elle secoue les « sacs à moi » de Freud comme « l’âme à tiers » de Lacan. Qu’importe pour elle le flacon pourvu qu’elle s’y distille les ivresses de ses jeux d’esprit et du reste - qui n’est pas rien.Serait-ce finalement que la seule patrie réelle, le seul sol sur lequel la créatrice puisse marcher, la seule maison où elle puisse s’abriter, est le langage et les images ?

 

 

Dagoit 2.JPGCertes l’auteure et éditrice les ranime mais il ne faut pas limiter à cet espace l’envergure de celle qu’on appelle Sexie que « tout le monde loue, trouve incomparable » dans ses « party » d’hier et d’aujourd’hui. En de tels lieux et ailleurs « même les chiens la regardent de travers » dans « sa jupe trop étroite ». Ses jambes étaient fines. Elles n’ont pas changé. Et des vautours les convoitent toujours : « Devant moi, s’étendent à perte de vue, les hommes. Je les regarde se débattre, frémir, rire, se dresser, tomber, se redresser, tomber à nouveau, se frapper, se parler, sourire, pleurer, jurer, tout entiers » le tout dans l’espoir de croire la posséder dans leurs prospérités d’un vice qu’ils prennent pour vertu.

Dagoit 3.JPGLe sachant, elle sait fouetter l’âne et ses fantasmes. Il rêve de lui ôter ses dernières dentelles. Dès lors elle n’a parfois qu’un but : faire passer de tels animaux en rut par ces trous à joie que les tailleurs de pierre se plaisaient à enfiler, après les avoir farcis de suif de bœuf tiède au XIIème siècle (ils en existent encore dans l’église monolithique d’Aubeterre la bien nommée). A défaut d’un tel lieu, les bestiaux s’occupent néanmoins de leurs plaisirs vicaires d’une main agile que Marie-Laure Dagoit anime au fil de son œuvre et son « amor fati ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Laure Dagoit, « Coffrets », 20 euros, www.maisondagoit.com

(Photo 1  :Gilles Berquet)

28/07/2018

Apollonia Saintclair : l’autre érotisme

Apollonia bon.pngIl est de bon ton d’affirmer que l’art est la sublimation des pulsions sexuelles. Mais celles-ci et à travers lui sont souvent « .socialisées ». Apollonia Saintclair refuse ce filtrage et donne accès direct aux fantasmes. C’est sans doute pourquoi elle a choisi l’art populaire qu’est le graphisme de la bande dessinée.

Apollonia 3.pngCertes dans cet art il existe un mouvement mainstream et commercial. Mais demeure aussi une mouvance diamétralement opposé que la créatrice a choisi pour l’éclosion décalée de la « chose » érotique qui se libère ici de l’empire du regard masculin et de la « façon » de montrer que mâle caresse. L’artiste impose un tempo uniforme au sein de scènes qui ne sont que suggérées.

Apollonia 2.jpgPour Apollonia Saintclair dessiner revient à montrer ce qui reste dissimulé mais tout en révélant de nouvelles ambiguïtés au sein d’un univers héritier de de Vinci et de Dürer comme de Manara et Moebius. Mais ici le « flux » est résolument féminin. L’intime et la corporation prennent des tours particuliers. L’artiste inscrit dans la B.D. et dans l’art en général une discontinuité là où le corps féminin résiste dans la sourde mélopée par la rythmique de l'Imaginaire.


Jean-Paul Gavard-Perret

http://apolloniasaintclair.tumblr.com/