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30/06/2018

Alice de Kruijs ou le charme perturbant du portrait

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Alice de Kruijs ne cesse de chercher la beauté en dehors des canons classiques. Passionnée par l’Afrique elle construit un monde imaginaire à la fois conceptuel et symbolique où le féminin se démultiplie. Initiée par son père à la photographie, puis après avoir étudié la mode à la Fashion Academie d’Amsterdam et travaillé 10 ans dans ce domaine, elle a choisi de naviguer en solitaire.

 

 

 

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Le corps d’une femme aux forces obscures semble issu d’archétypes fétichistes pour se moquer de ceux que les hommes ont inventés pour elles de peur de n’être qu’un souffle provisoire, un courant d’air dans leur boîte crânienne et jusqu’aux orteils. La créatrice ne cesse donc de jouer des figurations qui dopent l’esprit en des images faussement votives.

 

 

 

 

Kruijs 3.jpgAlice de Kruijs transforme en gouffre optique sa déesse au crâne rasé. Nul folklore néanmoins en cet arsenal. Surgissent d'étranges icônes de notre civilisation occidentale. Fondées sur l'insolite chaque photographie permet d’entrer dans le domaine de l'insondable. Complexes et composites les portraits tiennent de l’histoire des Mystères du Moyen-âge comme de l’aventure plastique postmoderne. Se conjuguent diverses combinaisons et agglomérats de signes en leurs juxtapositions insolites qui mettent au défi les attentes visuelles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gregor Sailer : fake architectures

Sailer 2.jpgGregor Sailer, « The Potemkin Village », Cloître Saint-Trophime, Arles, du 2 juillet au 23 septembre 2018.

Le CPG pour son déplacement au festival d’Arles propose une exposition de Gregor Sailer sous la curation de Joerg Bader. Son titre « The Potemkin Village » remonte au temps du Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine. Ce ministre russe - pour cacher la misère des visages russes lors de la visite de l’Impératrice Catherine II en Crimée- aurait fait construire des villages faits de façades en carton-pâte.

Sailer.jpgGregor Sailer a repris ce phénomène architectural en découvrant et photographiant des villages Potemkine sophistiqués de notre temps : centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe, fac-simile de villes européennes en Chine, pistes d’essais de véhicules en Suède, rues scénarisées pour la visite de personnalités politiques en Russie.

De telles images poursuivent deux objectifs : une réflexion sur le sens de l’architecture et une seconde sur la falsification du réel. Le tout en une vision en deux moments. Coté face : des murs d’images qui reproduisent des façades. Côté pile de plus petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et détruisent la comédie des pouvoirs.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/06/2018

Blaise Reutersward le romantique

Reut 3.pngLoin de toute expulsion d’agressivité ou de libido, Blaise Reutersward propose des images en des espaces scéniques particuliers qui racontent des histoires énigmatiques. La femme y règne en maîtresse absolue face à divers types d’architectures. Le photographe invente un formalisme particulier héritée d’Allemagne et de Russie où jaillit un romantisme surréaliste.

BlaiseReutersward bon.jpgUn silence règne là où la femme se libère de ses entraves sans pour autant faire la part belle au voyeur. Il a le souffle coupé par de telles présences. Elles n’appartiennent pas à son monde : il ne peut que les rêver mais en toute lucidité sur le peu qu’il représente à leurs yeux. Une errance se poursuit inexorable : jamais il n'en connaîtra le point d'arrivée, l'échéance finale.

 

 

 

Reut.pngRéduisant l'impression de réalité, rejetant implicitement la notion de représentation, le photographe parvient à ce fameux "Troisième sens" que Barthes assigne au visuel et qui selon lui n'a encore jamais vraiment émergé, si ce n'est dans quelques plans d'Eisenstein. C’est ce « jamais » que Blaise Reutersward tente d’atteindre par son photogénie ou sa photogenèse au moment où le théâtre du monde désigne un autre lieu contraint d'émerger hors du signifié et du réel en rappelant que l’image commence là où cesse le langage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natalia Goldin Lundh, “Blaise Reutersward”, Hatje Cantz, Berlin, 2018, 30 E.