gruyeresuisse

16/05/2018

Mathias Steinkraus dans l’abri des nocturnes

Steinkraus bon.jpgS’interrogeant sur l’espace urbain pour en déchiffrer les conditions et les structures Mathias Steinkraus est resté 6 ans dans un appartement de la « Kottbusser Tor » près d’un grand carrefour de Berlin et son légendaire et « infâme » pub ouvert 24 heures sur 24 le « Rote Rose » nommé aussi « red rose ».

Steinkraus 2.jpgIl a photographié les clients du bar et les résidents du « New Kreuzberg Center », ensemble de 367 appartements sur 12 étages épicentre de ce quartier de Berlin. Le photographe en symbiose avec ces espaces montre comment ils deviennent le modèle de lieux identiques dans toutes les cités occidentales. En ces espaces les perdants plus ou moins magnifiques se retrouvent même s’ils sont de moins en moins acceptés par la société libérale qui tente d’annexer ces quartiers.

Steinkraus 3.jpgL’artiste saisit habitants et lieux en des portraits, des atmosphères et des paysages pour donner de la ville une image particulière et spécialement de nuit. Ces images numériques et analogiques deviennent la première monographie de l’artiste. Fond et forme sont astucieusement agencés là où des êtres dorment dans des vêtements de fourrure, vident des bouteilles et sont les représentants d’un melting-pot derrière des façades de l’architecture « post war ». Cette faune humaine est de plus en plus cachée ou rejetée au nom de la « gentrification » d’un espace qui induit le déplacement de populations non désirées. Elles vivent comme en parallèle du développement urbain. Le « Rote Rose » reste encore leur abri de fortune que le photographe contribue à sortir de l’ombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mathias Steinkraus, « Rote Rose », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 35 E..

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