gruyeresuisse

16/05/2018

L’œuvre de discrétion de Jean-Michel Esperet

Esperet.jpgJean-Michel Esperet, « Dissidences - aphorismes et diversions », éditions Socialinfo, Lausanne, 2018, 140 p.

Lire la prose de Jean-Michel Esperet est toujours un plaisir rare. Nous l’avions déjà « testé » avec « L’être et le Néon » où Vince Taylor renvoyait Sartre à ses études. L’auteur ne se veut en rien un Cioran. C’est pourquoi il a soin d’accoler au terme d’aphorisme celui de diversion. Pour autant sa sagesse n’est jamais secondaire. L’air de rien, ses incidences dissidentes portent loin : «Songer à se suicider, c’est faire abstraction de soi. Passer à l’acte requiert davantage de temps : il faut en plus faire abstraction de ses proches ». Preuve que les péroraisons définitives de Cioran semblent soudain faciles et hâtives, voire quelque peu courtes.

Esperet 2.jpgLe Genevois est donc d’une fréquentation « dépotante ». Plutôt que l’effet, il cherche des vérités aussi pratiques que profondes et qui sans doute chiffonneront (euphémisme) plus d’un. Leur lecture demeure néanmoins un délice. Mais pas seulement. L’étonnement est toujours au rendez-vous et à chacun d’en prendre des leçons de conduite ou d’inconduite. A la fois en tant qu’individu ou comme représentant d’une « tribu » politique, religieuse ou sociale.

Fidèle à la laïcité l’auteur n’a qu’un souhait « Que Dieu, Allah et Yahvé puissent s’entretuer » ce qui serait un idéal - sauf bien sûr à le remplacer par un Dieu vivant. Ce que la faiblesse humaine ne s’est jamais privée. L’auteur ne se fait guère d’illusion : « Chose promise, chose crue » telle est la loi du genre humain. L’auteur traite ce dernier avec la plus grande considération : à savoir la dérision. A ce titre, et sans se tromper, les gens qui l’écoutent le trouveront intelligent et d’excellente compagnie. Nous en faisons volontiers partie.

Jean-Paul Gavard-Perret

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