gruyeresuisse

31/03/2018

Tirages (presque) secrets d’Antonio Lopez

 

Lopez.jpgIllustrateur de mode des années 1970 et 1980, Antonio Lopez (1943-1987) vouait un culte à son appareil photo Instamatic qui l’accompagnait partout. En marge de son travail, il y a fomenté une étonnante galerie de portraits parfois intrigants des célébrités de la mode comme de ses rencontres. L’exposition de New York propose ces tirages stockés des années par l’artiste dans les enveloppes jaunes originales de la firme Kodak. Chaque tirage est unique. Et les photographies ont été laissées seules ou montées en paires ou quadrilles. S’y retrouvent toute une esthétique de l’époque : de telles prises font immanquablement penser aux polaroids de Warhol. Mais en moins froids et surtout ils sont une fin en eux-mêmes.

Lopez 2.jpgJerry Hall, Jessica Lange, Tina Lutz, Anouk Aimée, Pat Cleveland sont montrées de manière originale selon une exaltation subtile de traces et de disséminations. Tout se met à naviguer dans des dérives féeriques, des cortèges d’improbabilités. Le possible fait l’amour avec les formes, les couleurs et les lignes au sein d’hallucinations fraîches et sages et qui le demeurent encore. Le photographe est toujours là lorsque des éphémères traversent le printemps en robe légère. Pas besoin pour l’artiste de leur faire boire une potion magique. Le charme du créateur opère comme s’il donnait le courage à beaucoup pour sinon dégrafer du moins entrouvrir les corsages.

Lopez 3.jpgLes louves ne sont pas aux abois. Leur corps est parfois cerné d'or et de blanc. Certaines jouent les panthères tout en préservant leur grotte. L’artiste se contente de parcourir les savanes des ateliers de mode et des soirées. Arrivé à de tels « points d’eau » l’hippopotame étrange s’y abreuve. Il capte et même parfois se juche presque sur un dos pour un selfie avant la lettre. Mais nul accroc dans la soierie de ses voyages. Comme dans celui de ses égéries. Tel un ange il les retient par les pieds. Mais pas plus. A la fois pour qu’elles ne s’envolent sans pour autant succomber.

Jean-Paul Gavard-Perret

Antonio Lopez, Danziger Gallery, du 8 mars – 28 avril 201, New-York.

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