gruyeresuisse

13/03/2018

Alex Currie : de quoi faire les solitudes

Alex Currie 2.jpgLes arrêts sur image et les sortes de plans de coupe du jeune photographe californien Alex Currie donnent à voir une image fixe dont la valeur n’est pas seulement celle de la pose. Le continuum est entravé par effets de cadre et parfois de séquence. Tout demeure sous tension là où s’abandonne néanmoins la certitude de vue. Le regardeur est dérangé car il aspire à une homogénéité de contemplation et de sens mais, ici, ce qui tient à la fois d’un rythme et d’une arythmie l’emporte.

Alex Currie.jpgDemeure une musique (charnelle ?) en suspens. Sur place elle se déplace et fait claudiquer le regard. Un courant énigmatique se produit selon une modalité où le genre des personnages est parfois insidieusement décalé à la manière d’un Gus Van Sant. La sensation est souvent océanique même au milieu des terres. La perception devient le rêve au moment où l'ici-même s'éteint au profit de l'ailleurs. Mais l’inverse est tout autant présent.

Alex Currie 3.jpgAlex Currie aime ce qui échappe. La photographie pour lui est une forme d’absence. L’émotion est figée là où l’implicite tient parfois lieu d’érotisme. Fixe et muette la photographie s’affranchit de bien des codes par fragments de narration ou par panoramiques particuliers de certains moments afin d’en faire une chanson de lignes, d’espaces, de formes et de gestes particuliers proche parfois de l’absurde.

Jean-Paul Gavard-Perret

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