gruyeresuisse

12/03/2018

Au contact des nymphes fauves :Sacha Desprès

Sacha Desprès bon,.jpgSacha Desprès, "Roman expo - Morceaux", Galerie Humus, Lausanne, du 21 au 26 mars 2018.

Le travail photographique, pictural et littéraire de Sacha Desprès reste toujours celui du dépassement des frontières temporelles et esthétiques à tous les sens du terme. Existe dans son approche ce qui manque souvent à l'art du temps : à savoir une Utopie voire - avec "Morceaux" - une dystopie. Et ce avec tous les risques que cela suppose. Le créateur ne se contente pas de témoigner sur le passé. Il déchiffre le futur de plus en plus opaque au sein d'un présent dont la femme est l'opératrice. Sublime en dévoration, quoique belle captive, elle cultive en lionnes bien des ambiguïtés.

Sacha Desprès 4.jpgSacha Desprès "fabrique" des créatures sauvages, objets sans doute de bien des fantasmes. L'héroïne de son roman, son frère et « comme les autres produits de leur espèce, sont destinés à la consommation de l’élite d’un monde post-apocalyptique ». Mais l’égérie féline retrouve une certaine mémoire au moment même où on la veut victime d’une société incapable de se construire au-delà de l’asservissement. La femme demeure - dans la tension du texte mais aussi des images - celle qui nourrit une dialectique entre des fonds d'oppression et les aurores du courage. Telle la fameuse enfant de Nelly Sachs qui "embrasse une pierre dans l'éclipse d'étoile", elle sait retrouver certaines exigences intérieures pour traverser la vie et le monde.

Sacha Desprès 3.jpgQuant aux peintures et photographies de l'auteur, elles proposent ce que les mots ne peuvent donner : piétiner les ombres en mouvement selon divers niveaux de puissance d'apparition où l’érotisme joue plus du voile que de la crudité. C’est beaucoup plus subtil car le vêtement s’accouple avec la peau pour épouser son ciel et en jouir. Au sein d’étranges horizons bouchés mais animés, un globe terrestre enlacé  ne cesse de s'ouvrir et d'apparaître : nous sommes forcément pris de haut en un tel vertige.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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